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L’affaire Normandeau, autre avorton de justice

Antoine Robitaille | Journal de Montréal

Ce qui devait arriver arriva: Nathalie Normandeau et ses cinq coaccusés ont finalement obtenu un arrêt des procédures, hier.

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Il ne s’agit pas d’un acquittement, mais d’un avortement. Une plate admission par le système judiciaire que ce que la couronne a tenté, et qui a mobilisé tant d’énergie des policiers, ne fonctionne pas.

Pour les citoyens, c’est déconcertant, et laisse une impression d’impunité et d’immunité des puissants

.La décision d’hier fait suite en plus à l’abandon de plusieurs enquêtes, dont Justesse, portant sur de graves accusations de corruption contre des collecteurs de fonds libéraux.Et il y a aussi la Commission Charbonneau, qui se termina sur une dissension et l’absence totale de blâme en bonne et due forme.

Eau de boudin

Depuis le jour de l’arrestation de Mme Normandeau, de Marc-Yvan Côté et consorts, le 17 mars 2016, je me doutais - comme bien d’autres - que ça allait finir ainsi, en eau de boudin.

Une arrestation spectaculaire d’anciens ministres libéraux, le jour même du dépôt du budget, à Québec, d’un gouvernement libéral? Il y avait là quelque chose d’anormal, de politiquement malsain.

On apprit rapidement que Robert Lafrenière, le patron de l’UPAC de l’époque, tentait d’obtenir un nouveau mandat. Tout porte à croire que ces arrestations lui permettaient de montrer son pouvoir face aux décideurs. De terrifier assez le gouvernement Couillard pour qu’il n’ait plus d’autre choix. Ce qui se produisit d’ailleurs.Heureusement, depuis la loi 1 du gouvernement Legault, le gouvernement ne choisit plus seul le patron de l’UPAC. Et ce dernier a un mandat désormais non renouvelable, comme le Vérificateur général entre autres. Cela règle une partie du problème.

Vers dans la pomme

Mais d’une certaine façon le mal est fait. Créer une UPAC n’était pas une mauvaise idée, mais ces deux vices initiaux (mandat renouvelable du patron de l’UPAC et sa nomination par un parti au pouvoir sur lequel ce même patron pourrait enquêter) l’ont gravement minée.Le vers était dans la pomme. Je me souviens encore du malaise, le 16 mars 2011, lors du point de presse où le ministre de la Sécurité publique (MSP) libéral Robert Dutil désigna publiquement M. Lafrenière comme le patron de la nouvelle Unité. Lafrenière était alors son sous-ministre! Les oppositions n’avaient pas été consultées. 

Dutil avait déclaré: «On a travaillé ensemble pour la création de cette unité-là, et il y a eu de multiples scénarios auxquels M. Lafrenière, avec sa compétence, s'est grandement impliqué pour que nous ayons la meilleure formule possible.»

Lire cela, neuf ans plus tard...Ce que le Parti libéral de Jean Charest a mis en place pour faire face aux allégations graves de collusion et corruption dans l’octroi des contrats de l’État québécois a produit des problèmes inextricables que certains semblent se plaire à faire échouer.«Justice a été rendue», a clamé Nathalie Normandeau à TVA, en sortant du tribunal. 

Un arrêt des procédures, c’est plutôt un avorton de justice. Un autre, dans notre récente histoire.