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«The Nest»: «Je ne juge jamais mes personnages» - Sean Durkin

Isabelle Hontebeyrie | Agence QMI

Jude Law et Carrie Coon se donnent la réplique dans «The Nest», un drame psychologique sur l’effondrement d’un couple. En entrevue, le réalisateur canadien Sean Durkin détaille ses intentions.

À l’origine de «The Nest», il y a un désir d’aborder «la parentalité» jumelé à des souvenirs d’enfance épars, lui qui a été élevé entre les États-Unis et la Grande-Bretagne. Ce sont donc les deux pays dans lesquels se déroule le nouveau long métrage du cinéaste et scénariste Sean Durkin.

Mais pour ce dernier, il ne s’agit nullement de porter à l’écran des morceaux de sa vie. Il s’intéresse plutôt à la décomposition d’un couple. Le couple, c’est Rory O’Hara (Jude Law) et Alison (Carrie Coon). Lui est «trader», elle élève des chevaux. Entre les deux, leur fils Ben (Charlie Shotwell) et Sam (Oona Roche), la fille d’Alison.

«J’ai écrit le scénario sur quatre ans. Oui, l’histoire a changé avec les années. Je suis devenu père et le fait d’être parent change énormément de choses. La parentalité m’a permis de comprendre plus d’éléments, d’abord du film et ensuite des personnages, les parents par rapport aux enfants, ce qui explique les scènes de Rory et Alison avec leurs mères», indique-t-il lors d’une entretien téléphonique avec l’Agence QMI.

Lente évolution

Au début, le couple s’entend parfaitement bien. Rory et Alison sont heureux, s’aiment et sont épanouis. Mais leur déménagement en Grande-Bretagne change la donne. Alison s’aperçoit, peu à peu, des mensonges de son époux, de son attitude irresponsable – il dépense plus que ce qu’il gagne – et de sa fuite dans son travail, qu’il trouve le moyen de saboter.

C’est le hasard qui a voulu que Jude Law et Carrie Coon, parfaits dans leurs rôles respectifs, se retrouvent au générique.

«Je n’ai pas du tout pensé à eux en écrivant "The Nest", de confier le réalisateur et scénariste. Je travaille en étroite collaboration avec mes directeurs de casting et je suis toujours très ouvert lorsqu’il s’agit de choisir des acteurs. [...] J’ai immédiatement acquiescé quand le nom de Carrie a été proposé. En fait, je la connaissais via des amis communs et nous nous étions vus à quelques reprises l’année précédent le tournage.»

«J’avais besoin d’une actrice qui incarne cette dualité. C’était la même chose avec Jude. Dès notre première conversation, nous savions que nous avions le même but. Rory ne pose pas nécessairement les bons gestes pour sa famille, mais chacune de ses actions est dictée par l’amour. Nous avons immédiatement discuté de la manière dont Jude allait transmettre cet amour, cette chaleur et ce charme», explique-t-il.

Sa direction d’acteur est très souple, il laisse les comédiens trouver le ton et s’approprier le texte, tant qu’ils respectent son intention.

«Je ne crois pas au fait qu’il faille juger un personnage, souligne Sean Durkin. J’ai eu des personnages assez horribles dans mes films, il suffit de penser au gourou de la secte dans "Martha Marcy May Marlene", mais je ne juge jamais mes personnages. Il faut donc que Rory soit un être humain à part entière, qu’il soit complet et vrai.»

Puisque le réalisateur mentionne son excellent «Martha Marcy May Marlene», il est impossible de ne pas établir de parallèles entre ses deux œuvres. Toutes deux traitent de trahison et toutes deux ont une fin ouverte.

«Les fins ouvertes s’expliquent par le fait qu’on sait que la vie va continuer. Je ne crois pas aux fins qui arrêtent quelque chose. [Dans «The Nest»], on sait que leur existence va se poursuivre et qu’ils vont devoir en travailler certains aspects ensemble.»

«La trahison? C’est intéressant. Je crois qu’il s’agit là d’un thème présent dans les deux films, mais ce n’est pas une démarche consciente de ma part. Je pense, par contre, que c’est l’une des composantes du fait d’être humain. "The Nest" montre un couple qui ne sait pas vraiment communiquer. Et, en ne dévoilant pas certaines informations à l’autre, on le trahit», conclut-il.

«The Nest» est actuellement présenté dans les salles obscures de la province.