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Une manif historique éclipsée

Hugo Duchaine | Le Journal de Montréal

Le 27 septembre 2019, jusqu’à 500 000 personnes ont marché pacifiquement dans les rues de Montréal pour demander des gestes concrets aux politiciens contre le réchauffement climatique.

Photo d'archives

Le 27 septembre 2019, jusqu’à 500 000 personnes ont marché pacifiquement dans les rues de Montréal pour demander des gestes concrets aux politiciens contre le réchauffement climatique.

Un an après une marche historique où jusqu’à 500 000 personnes sont descendues dans les rues de Montréal pour réclamer des gestes concrets contre le réchauffement climatique, un constat s’impose : à peu près rien n’a changé.

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Devant une foule jamais vue pour une manifestation dans l’histoire du Québec, François Geoffroy réclamait sous un tonnerre d’applaudissements « des lois, des plans concrets [...] pour en finir avec le pétrole et le gaz [...] une campagne de sensibilisation massive, pour que tous les Québécois soient pleinement informés de la gravité de l’urgence climatique ».

«En maudit»

« Déçu, le mot est faible, lance le coorganisateur de l’événement, un an plus tard. Je suis insulté, voire en maudit. »

Même la figure de proue mondiale du mouvement pour la lutte aux changements climatiques, la jeune Suédoise Greta Thunberg, avait défilé à Montréal et dénoncé « les politiciens aux mots vides » face à la foule monstre.

Comme d’autres sur scène, elle a martelé l’urgence de limiter le réchauffement de la Terre à 1,5 °C pour éviter des dommages irréversibles sur l’environnement.

Mais ce printemps, une pandémie mondiale a secoué la planète et « mis sur pause » le mouvement citoyen, remarque François Geoffroy, porte-parole pour La Planète s’invite au parlement.

« N’eût été la pandémie, il est certain qu’on serait encore en pleine mobilisation », fait valoir Patrick Bonin, de Greenpeace.

Un recul

Ce dernier observe même un recul face à la lutte aux changements climatiques à cause de la COVID-19, qu’il espère temporaire.

Comme, par exemple, une utilisation accrue du plastique à usage unique dans les restaurants ou une baisse de l’achalandage dans les transports en commun.

Puis, même si les plus récentes données ne datent que de 2018, les plus grands pollueurs du Québec n’ont toujours pas réussi à diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), comme l’écrivait Le Journal cet été.

Dans le discours du trône cette semaine, le gouvernement Trudeau s’est engagé à surpasser sa cible de réduction des GES pour 2030, notamment.

« On attend encore des plans concrets de sa part [...] que ce n’est pas juste de l’ordre du discours vert », ajoute cependant M. Bonin.

Puis, de nombreux organismes ont dénoncé que le plan de relance du gouvernement Legault voit la protection de l’environnement comme un obstacle, plutôt qu’une priorité.

Mais pour Louis Ramirez d’Extinction Rebellion, le groupe militant qui avait notamment escaladé le pont Jacques-Cartier l’automne dernier, la pandémie a au moins fait ressortir que « le changement social immédiat est possible pour sauver des vies », dit-il.

Une ado qui veut changer le monde

Âgée de 17 ans, Pénélope Krick n’a pas le droit de vote et c’est donc pour que ses préoccupations soient entendues qu’elle a pris part à la grande marche pour le climat l’an dernier.

Pénélope Krick avec deux amies lors de la manifestation du 27 septembre 2019 à Montréal.

Photo d’archives, Hugo Duchaine

Pénélope Krick avec deux amies lors de la manifestation du 27 septembre 2019 à Montréal.

Armée d’une affiche clamant que « le pétrole ne peut être bu et l’argent ne peut être respiré », elle espérait convaincre les politiciens d’agir pour protéger la planète qu’ils légueront à sa génération.

« C’est ça que je trouve tellement plate », dit-elle, observant que les politiciens âgés qui restent aujourd’hui inactifs devant le réchauffement climatique, ne seront pas ceux qui devront vivre avec les impacts.

N’empêche, même si elle s’estime déçue du manque d’effets concrets un an après l’événement, cela reste un moment inoubliable pour la jeune résidente de Coteau-du-Lac. « On a marqué l’imaginaire, marqué l’histoire », lance-t-elle.

Végétarienne

Son engagement pour sauver la planète du réchauffement climatique ne s’arrête pas aux marches.

Pour cette étudiante en sciences humaines au Cégep, les bottines suivent les babines.

Elle est végétarienne depuis maintenant plus d’un an, une décision prise « principalement pour l’environnement », qui fait son chemin au sein de toute sa famille.

Elle achète aussi que des vêtements de seconde main, provenant de friperies par exemple, car elle juge l’industrie de la mode rapide trop polluante.

« C’est la décision que j’ai prise personnellement pour avoir le plus d’impact possible », fait-elle valoir.

Mais elle est bien consciente que les gestes qu’elles posent ne seront pas suffisamment à eux seuls. Elle ne s’en cache pas, c’est pourquoi son ambition ultime, n’est rien de moins que de « changer le monde ».