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Elle décède auprès de soignants racistes

Magalie Lapointe

«Venez me chercher. Quelqu’un... Venez me chercher» sont les quelques mots criés par une Attikamek, quelques heures avant de mourir dans des circonstances nébuleuses, à l’hôpital de Joliette.

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«Ça m’a fait tellement de la peine. C’est comme si on l’avait tuée. Je souhaite qu’on découvre ce qui s’est passé pour qu’on laisse ma fille mourir comme ça. Je veux que son mari et mes enfants sachent ce qui s’est passé», a lancé la mère de la défunte, Diane Echaquan, en entrevue avec l'Agence QMI.

Jeudi dernier, Joyce Echaquan, 37 ans, s’est rendue à l’hôpital de Joliette. Selon sa famille et ses proches, la mère de famille avait des douleurs à l’estomac.

Vidéos troublantes      

Or, lundi, c’est dans une vidéo en direct sur Facebook que son entourage a reçu des nouvelles de Mme Echaquan. On peut l'entendre crier à l’aide en attikamek et dire avoir reçu trop de médicaments.

En voyant ces images, la mère de Mme Echaquan a voulu avoir des nouvelles de sa fille. «J’ai tout de suite appelé pour parler à son infirmière. On m’a raccroché la ligne. J’ai rappelé... sans réponse», a expliqué la maman de la défunte.

Il a fallu peu de temps pour que cette vidéo ne devienne virale.

Dans cette vidéo, les propos tenus par deux membres du personnel, en plus d’être discriminatoires, évoquent une rare violence.

CAPTURE D'ÉCRAN TIRÉE DE FACEBOOK

«Esti d’épaisse de tabarnouche... C’est mieux mort ça. As-tu fini de niaiser... calisse? T’es épaisse en calisse», murmuraient deux membres du personnel de l’hôpital de Joliette.

«T’as fait des mauvais choix ma belle. Qu’est-ce qui penseraient tes enfants de te voir comme ça? Pense à eux autres un peu... C’est meilleur pour fourrer qu’autre chose, pis on paie pour ça. Qui tu penses qui paie pour ça?»

Maggie Newashish a traduit les passages de la patiente de 37 ans dans lesquels cette dernière demandait de l'aide.

La fille de Mme Echaquan, Wasianna Echaquan, et sa belle-sœur, Jemima Dubé étaient présentes à l’hôpital.

Elles assurent que la vidéo a été supprimée par l’infirmière en poste. Selon elles, Joyce Echaquan était déjà décédée lorsqu’elles l’ont vue attachée à sa civière.

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Lanaudière a réagi par courriel en fin de soirée, lundi.

«La Direction a été informée aujourd'hui de la situation et si ce qui nous est rapporté est vrai, c'est inacceptable. Nous devons faire enquête afin de faire la lumière sur les événements survenus au cours de la journée et prendre les mesures nécessaires, selon les résultats de l'analyse», a indiqué le CISSS.Le CNA interpelle Québec

CAPTURE D'ÉCRAN, FACEBOOK

Enquête      

Le décès tragique de Joyce Echaquan n’a pas laissé de marbre le Conseil de la Nation Atikamekw (CNA) qui a interpellé le gouvernement Legault sur les discriminations envers els autochtones dans les services publics.

«Il est malheureux de constater qu'en 2020 de tels comportements puissent encore se produire», a déploré Constant Awashish, Grand Chef de la Nation Atikamekw.

«Il est de la responsabilité de tous de les dénoncer, surtout dans le contexte des services de santé et dont la déontologie devrait nous protéger de l'inconfort du racisme», a-t-il ajouté.

Le CNA exige une enquête indépendante et appelle à hâter l’application des recommandations du rapport Viens, dont les conclusions avaient fait état d’une «situation accablante» sur la considération des autochtones dans els services publics.

«Combien de tragédies et d'injustices les autochtones du Québec doivent encore vivre avant de se sentir en sécurité face à l'État?» s’est interrogé M. Awashish.

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