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Le milieu du cinéma encore sous le choc

Maxime Demers | Journal de Montréal

Les propriétaires de cinémas ont accueilli avec consternation l’annonce de la fermeture de leurs salles, pour une période de 28 jours, dans les zones rouges comme Montréal et Québec. « Ça n’a aucun maudit bon sens », a martelé le président des Cinémas Guzzo, Vincent Guzzo. 

« C’est encore plus illogique de fermer les cinémas aujourd’hui que ce l’était en mars dernier, ajoute l’homme d’affaires joint lundi en début de soirée. 

« Je me sens vraiment comme un gars qui s’est fait punir juste pour donner une leçon à d’autres. Honnêtement, ça ne fait pas de sens. Et ce qu’ils ne réalisent pas, c’est qu’en fermant les cinémas de Montréal et de Québec, ils ferment 75 % du revenu au box-office. Les distributeurs vont donc arrêter de sortir des films ! »

Comme M. Guzzo, le président de la Corporation des salles de cinéma du Québec, Éric Bouchard, a été secoué par l’annonce de lundi : 

« Celle-là, on ne l’a pas du tout vue venir parce que tout ce qu’on entendait depuis des semaines, c’est qu’on faisait du bon travail pour le respect des mesures sanitaires et qu’il n’y avait pas eu de cas et d’éclosion [de COVID-19] dans les cinémas. C’est incompréhensible », a-t-il déploré.

Freiné dans son élan  

Les producteurs qui devaient lancer de nouveaux films au cours des prochaines semaines devront également revoir leurs plans. La situation est aussi frustrante pour les distributeurs de certains films qui viennent tout juste de sortir en salle. 

C’est le cas notamment d’Entract Films, qui a lancé, vendredi dernier, le film La déesse des mouches à feu, de la réalisatrice Anaïs Barbeau-Lavalette. Ce long métrage adapté du roman de Geneviève Pettersen s’est hissé, le week-end dernier, au premier rang du box-office québécois, mais il sera privé des salles de Québec et de Montréal à compter de jeudi. 

« Ça fait des mois qu’on travaille sur la relance des salles du cinéma au Québec et là, tout d’un coup, on nous demande d’arrêter pendant un mois ? Ça me semble un peu drastique comme mesure, s’est offusqué le président d’Entract Films, Tim Ringuette. Ce qui fait encore plus mal dans le cas de La Déesse, c’est que le film avait réussi à aller chercher un public jeune, un exploit assez rare pour le cinéma québécois. »

Un FNC virtuel   

L’annonce du gouvernement Legault tombe aussi à un bien mauvais moment pour le Festival du nouveau cinéma de Montréal (FNC), qui s’apprêtait à dévoiler la programmation de sa 49e édition, prévue du 7 au 18 octobre. L’événement devait se dérouler majoritairement en ligne, mais les programmateurs avaient aussi prévu quelques projections en salles avec un public limité. Celles-ci devront être annulées. 

« C’est une grosse déception, a laissé tomber, lundi soir, le directeur général du FNC, Nicolas Girard Deltruc.  

« Les quelques projections physiques qu’on avait organisées étaient un peu comme la cerise sur le sundae. Là, on va devoir offrir un sundae sans cerise. C’est décourageant. Je vais devoir remonter le moral de l’équipe du festival parce qu’elle a travaillé très fort pour organiser quelques événements physiques en respectant les mesures sanitaires. Mais la bonne nouvelle, c’est qu’on a réussi à monter une très belle programmation et que celle-ci va pouvoir exister en ligne. »