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Trump contre Biden: attaques personnelles autour d'un débat confus

Agence France-Presse

Combatif mais calme, le candidat démocrate à la Maison Blanche Joe Biden a pris jeudi les rênes du premier débat face à Donald Trump, qui est apparu tendu - et par moments, déstabilisé - à 35 jours de l'élection présidentielle américaine.

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«Tout le monde sait que c'est un menteur»: a lancé l'ancien vice-président au sujet du président républicain, après moins de quinze minutes de duel télévisé suivi par des dizaines de millions d'Américains.

Alors que la cacophonie l'emportait, l'ancien vice-président a demandé au 45e président des États-Unis de «la fermer», avant, un plus tard, de le traiter de «clown».

Le 45e président des États-Unis a peiné, tout au long du débat, à rependre la main, tenant d'interrompre «Joe» jusqu'à se faire fermement rappeler à l'ordre par l'animateur du débat, le journaliste de Fox News Chris Wallace.

Mâchoires serrées, le locataire de la Maison Blanche, qui briguera le 3 novembre un second mandat de quatre ans, était tourné durant tout le débat vers Joe Biden. Ce dernier, à l'inverse, avait le plus souvent les yeux plantés dans la caméra, prenant les Américains à partie.

«Il n'y a rien d'intelligent en vous», a raillé Donald Trump, qui ne cesse de mettre en doute la santé physique et mentale de son rival et qui espérait une bonne soirée ou un faux-pas de son rival pour refaire son retard dans les sondages.

«Êtes-vous pour la loi et l'ordre?», a lancé le président américain dans un échange particulièrement tendu, où il l'accusé d'être otage de ses soutiens au «sein de la gauche radicale».

«La loi et l'ordre avec la justice», a répondu son adversaire démocrate.

Le milliardaire républicain a aussi tenté d'accuser Joe Biden, issu de l'aile modérée du parti démocrate, de vouloir un système de santé «socialiste» défendu par la gauche radicale.

Le candidat démocrate a lui dénoncé la volonté du locataire de la Maison Blanche d'installer une juge conservatrice à la Cour suprême juste avant le scrutin du 3 novembre. «Ce qui est en jeu ici, c'est que le président a dit clairement qu'il veut se débarrasser de l'Affordable Care Act», la loi d'assurance-maladie plus connue sous le nom d'Obamacare, a-t-il déploré.

«Nous devrions attendre de voir le résultat de cette élection», a plaidé le candidat démocrate, cravate à fines rayures noires et blanches.

«Nous avons gagné l'élection» de 2016 «et nous avons le droit de le faire», a rétorqué l'ex-magnat de l'immobilier, cravate sombre rayée de rouge.

Les deux candidats septuagénaires se sont ensuite écharpés sur le bilan de la pandémie de COVID-19 aux États-Unis, pays le plus endeuillé au monde avec plus de 205 000 morts.

«Vous n'auriez jamais pu faire le travail que nous avons fait, vous n'avez pas cela dans le sang», a martelé Donald Trump.

«Je sais ce qu'il faut faire» tandis que «le président n'a aucun plan», a répondu Joe Biden.

Coronavirus oblige, et comme prévu, les deux hommes ne se sont pas serré la main mais se sont salués de loin sur la scène de Cleveland, dans l'Ohio, l'un de ces États-clés qui pourrait faire basculer la victoire dans un camp ou dans l'autre le 3 novembre.

Ils faisaient face à un public restreint, avec leurs épouses, Melania Trump et Jill Biden, toutes deux masquées.

Climat tendu               

Chez Donald Trump, 74 ans, on a ainsi sous-entendu que Joe Biden, 77 ans, dont le milliardaire républicain met régulièrement en cause la santé mentale et physique, pourrait avoir recours durant la soirée à une oreillette.

Faux, a répondu le camp démocrate -- comme il avait déjà balayé la demande du président qui avait réclamé un test antidopage en soupçonnant le démocrate d'avoir recours à des stimulants.

Juste avant le débat, Joe Biden a toutefois semblé vouloir faire retomber la tension avec un tweet humoristique illustré par une photo avec des écouteurs d'iPhone et un pot de crème glacée. «C'est la soirée du débat alors j'ai préparé mon oreillette et mes produits dopants», a-t-il écrit.

Son équipe a elle assuré que le camp présidentiel avait demandé au modérateur du débat Chris Wallace de ne pas mentionner le nombre de morts du Covid-19 (plus de 205 000 aux États-Unis).

AFP

«Mensonge», a-t-on rétorqué côté républicain.

L'ancien vice-président démocrate a aussi rendu publiques mardi ses feuilles d'impôts pour l'année 2019, un coup directement adressé au locataire de la Maison Blanche, affaibli par des révélations explosives sur sa situation fiscale et son endettement.

Si leur impact sur le scrutin reste souvent limité, ces débats sont des moments forts de la campagne électorale, depuis le premier tête-à-tête télévisé organisé il y a 60 ans, à Chicago, entre John F. Kennedy et Richard Nixon.

Distancé dans les sondages depuis de longues semaines, Donald Trump espère une bonne soirée - ou un spectaculaire faux-pas de Joe Biden - pour se relancer.

À l'approche du 3 novembre, il redoute de devenir le premier président à ne pas être réélu depuis plus d'un quart de siècle et la défaite de George H. W. Bush face à Bill Clinton en 1992.

La pandémie, la Cour suprême, l'économie, les questions raciales, les bilans des deux candidats ainsi que «l'intégrité du scrutin» font partie des sujets au menu.

Mais les petites phrases et le langage corporel des deux hommes sont scrutés avec attention.

AFP

Tout sépare les deux candidats septuagénaires. Le milliardaire républicain s'est présenté une fois, en 2016, et a créé la plus grande surprise de l'histoire politique moderne.

Entré en politique il y a un demi-siècle, Joe Biden, sénateur puis vice-président, espère que sa troisième tentative pour la Maison Blanche (il s'était déjà présenté aux primaires démocrates en 1988 et 2008) sera la bonne.

La force de l'ex-homme d'affaires républicain? Sa capacité à surprendre, casser les codes, imposer ses propres règles, son propre style.

Dans le camp de Joe Biden, on table sur son expérience, son sens de l'empathie.

Mais la crainte d'une gaffe hante le camp démocrate, tant ce vieux lion de la politique est habitué du genre.

Les deux autres débats présidentiels sont prévus les 15 et 22 octobre, respectivement à Miami, en Floride, et à Nashville, dans le Tennessee.

Le vice-président républicain Mike Pence affrontera la colistière de Joe Biden, la sénatrice et ex-procureure Kamala Harris, le 7 octobre à Salt Lake City, dans l'Utah.