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La femme attikamek tenue de «fermer sa gueule »

Magalie Lapointe et Geneviève Quessy | Agence QMI

« Elle vas-tu fermer sa gueule ?», est une phrase que la femme attikamek décédée à l’hôpital de Joliette s’était déjà fait dire à répétition au même endroit, un mois avant sa mort.

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C’était le 25 août dernier. Joyce Echaquan avait été admise à l’hôpital de Joliette en raison d’un mal d’estomac. Couchée sur sa civière, elle criait sa douleur.

Bonne samaritaine    

Quelques mètres plus loin, Jennifer Mac Donald veillait auprès de son père. Il était entre 21 h et 21 h 30 lorsqu’elle a entendu les cris de Mme Echaquan résonner.

Des cris difficiles à oublier, selon elle.

Elle-même préposée de métier et voyant qu’aucun membre du personnel n’allait prendre soin de la patiente en détresse, elle a osé aller la voir.

«Calmez-vous. Ça va bien aller. Essayez de vous calmer», répétait-elle à la dame couchée sur sa civière.

«Elle me disait qu’elle avait mal à l’estomac. Qu’elle souffrait.»

Le personnel semblait blasé, selon Mme Mac Donald. «Une préposée répétait "elle vas-tu fermer sa gueule"», se rappelle la trentenaire de Saint-Charles-Borromée. «Je trouvais ces propos épouvantables », ajoute-t-elle.

Ce soir-là, Mme Mac Donald se sentait impuissante. Elle a entendu Joyce Echaquan hurler sa souffrance jusqu’à ce qu’elle quitte l’endroit à 2 h 30.

Souvenir    

Lorsqu’elle a pris connaissance de son décès plus tôt cette semaine, Jennifer Mac Donald a appelé son père pour lui demander s’il se rappelait de cet événement.

Elle a immédiatement communiqué avec la famille de la défunte pour savoir si quelqu’un savait si elle avait été à l’hôpital le 25 août.

Après quelques recherches, la famille a envoyé une photo publiée sur la page de Mme Echaquan, en direct de l’hôpital le... 25 août.

La directrice des affaires institutionnelles et des relations publiques au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Lanaudière, Pascale Lamy, affirme que l'institution n'a jamais été mise au courant de tels gestes.

«Tel que mentionné à plusieurs reprises depuis lundi par Daniel Castongay, PDG du CISSS, ce genre de propos, attitude ou comportement de la part des membres du personnel à l'égard de tout usager n'est aucunement toléré. D'ailleurs, dès que la Direction a été informée de la situation qui a eu lieu lundi, une enquête a été déclenchée afin de prendre les mesures appropriées. À ce moment-ci, une infirmière a été congédiée et l'enquête se poursuit. Des décisions seront prises sous peu.»

Pour sa part, le président du Syndicat des travailleurs et travailleuses du CISSS du nord de Lanaudière (STTCISSS), Simon Deschênes, a expliqué qu'il y avait un manque de personnel à l'urgence de l'hôpital de Joliette, le jour où Joyce Echaquan a été hospitalisée.

«On nous raconte que ce sont de très grosses soirées ces temps-ci et qu'il manquait d'infirmières ce soir-là. Ils ont dû chercher quelqu'un pour s'occuper de la patiente. Cela n'excuse en rien les gestes et les propos racistes qui ont été portés, mais il y a un problème de fond et il faut le nommer. On est en manque d'effectif et le personnel vit de grandes tensions. On pourrait voir d'autres situations comme celle-là si rien ne change au niveau des conditions de travail.»

Des conflits à l'interne    

Le président du STTCISSS affirme que les tensions vécues par le personnel de santé mènent même à des conflits entre employés. «On n'a jamais traité autant de plaintes pour du harcèlement, il y a clairement de l'incivilité au sein des équipes.»

Entre la pandémie et le manque d'effectif, le personnel vit une surdose de stress, selon lui.

«On dirait qu'on manque de crédibilité quand on dénonce cette réalité. Dans un événement comme celui-ci, il n'y a pas que du racisme en cause, il y a aussi le problème des conditions de travail des employés de la santé,» rappelle Simon Deschênes.