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Un «répugnant» proxénète à l’ombre pour cinq ans et demi

Michael Nguyen | Journal de Montréal

Le proxénète montréalais Sulyvan Dignard menait la belle vie avec l’argent qu’il prenait d’une jeune femme qui a été forcée de se prostituer pour lui en Ontario et en Colombie-Britannique, de novembre 2018 à février 2020.

Photo tirée de Instagram

Le proxénète montréalais Sulyvan Dignard menait la belle vie avec l’argent qu’il prenait d’une jeune femme qui a été forcée de se prostituer pour lui en Ontario et en Colombie-Britannique, de novembre 2018 à février 2020.

Un « répugnant » proxénète qui a fait vivre plus d’un an d’enfer à une jeune femme rencontrée sur internet, en plus d’avoir tenté de faire subir le même sort à une adolescente, a écopé mercredi de cinq ans et demi de pénitencier.

« Il a agi de façon répugnante, il a eu un comportement déshumanisant et dégradant, la victime a été laissée dans un état de désespoir, de désillusion et de peur », a déploré le juge Jean-Jacques Gagné juste avant de condamner Sulyvan Dignard, mercredi au palais de justice de Montréal.

Dignard, un rapace de 22 ans qui n’a pas fini son secondaire et qui n’a jamais travaillé, avait rencontré sa première victime sur Instagram, à l’automne 2018. Comme dans bien des cas de proxénétisme, il était au début charmeur, attentionné, et n’hésitait pas à offrir des cadeaux à la jeune femme.

Mais c’était pour mieux planter ses griffes dans sa victime, à qui il a demandé de se prostituer afin de gagner assez d’argent « pour construire un futur ensemble ».

« La victime, qui n’avait jamais travaillé dans ce milieu, a accepté, a expliqué la procureure de la Couronne Anne Joncas Côté lors de l’audience de mercredi. Elle l’aimait, elle croyait qu’ils étaient en couple. »

Victime tatouée

Dignard n’a par la suite pas perdu de temps. Il l’a vite envoyée en Colombie-Britannique où elle était forcée de se prostituer dans des hôtels ou des appartements loués sur AirBnB. Le rapace contrôlait tout, du contenu des annonces aux services offerts, jusqu’à ce qu’il convainque sa victime de le faire elle-même. Mais évidemment, il prenait tout l’argent.

« Elle estime avoir remis environ 100 000 $ à l’accusé », a expliqué la Couronne.

Et pour être sûr que la jeune femme soit marquée à vie, Dignard lui a fait tatouer ses initiales pour « qu’elle montre sa loyauté ».

« [Quand la victime se plaignait] il devenait intimidant et menaçait d’utiliser de la violence, elle avait peur », a soutenu la Couronne.

Ado dans sa mire

Durant cette période, Dignard a également tenté de s’en prendre à une ado de 17 ans. Malgré l’insistance du rapace, elle a toutefois refusé de se prostituer, même quand il l’a envoyée à Vancouver. L’ado a finalement profité d’un moment où elle était seule pour fuir et se rendre au poste de police.

Dignard a finalement été arrêté, mais cela ne l’a pas ralenti, puisque même en liberté sous caution, il a maintenu son emprise sur sa première victime qu’il a envoyée en Ontario. Heureusement, la victime a réussi à contacter la police, qui a mis fin à son calvaire en février 2020.

« La lecture du récit [de la victime] est troublante, à donner des frissons, a commenté le juge. Son processus de guérison sera probablement long. »

Dignard, qui a écouté l’audience sans broncher, n’a pas voulu s’adresser à la cour, ne serait-ce que pour présenter des excuses. Son avocat, Ramy El-Turabi, a toutefois assuré que son client voulait devenir une meilleure personne, surtout depuis qu’il avait été tabassé en prison.