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Nos enseignants brûlent la chandelle par les deux bouts

Nancy Goyette, professeure et chercheuse au Département des sciences de l’éducation et UQTR

Il faut se le dire, depuis le début de la pandémie, l'éducation est un sujet constamment sur la sellette. Plusieurs voix discordantes s'élèvent pour dénoncer les ratées du système et des prises de décisions gouvernementales discutables. De toute évidence, personne n'était préparé à cette situation inédite.  

Malheureusement, la situation actuelle n'a fait qu'exacerber de nombreux problèmes préexistants, comme la pénurie d’enseignants. Divers facteurs y ont contribué, notamment la croissance démographique faisant augmenter les effectifs scolaires, la mise en place des maternelles 4 ans et l’incapacité du système éducatif à attirer suffisamment de nouveaux candidats. La profession est loin d’être attrayante, compte tenu de l'augmentation de la charge de travail constante, de la précarité d’emploi et de la surcharge émotionnelle quotidienne liée à la gestion de groupes d’élèves hétérogènes. À cet égard, il est peu surprenant que l’appel récent du ministre auprès des enseignants retraités n’ait pas eu le succès escompté. De surcroit, la détresse psychologique grandissante mène certains d’entre eux vers le décrochage professionnel, notamment au début et à la fin de la carrière. 

L’image de la chandelle qui brûle par les deux bouts est presque trop banale pour illustrer la situation actuelle des enseignants. Depuis belle lurette, on a plutôt l’impression d’assister à un brasier incontrôlable qui dévaste l’institution. On constate sa défaillance engendrée par un manque de vision politique et sociale. Les bonnes intentions et les promesses électorales s’échelonnant sur des mandats de quatre ans ont tapissé le chemin de l’enfer puisqu’elles n’ont pas été organisées dans une perspective de continuité. Les principales victimes sont nos enfants, nos enseignants et les intervenants scolaires. L’heure n’est plus aux constats. Plusieurs chercheurs en sciences de l’éducation et membres du milieu scolaire dénoncent à l’unisson la situation depuis plus de 20 ans. La mise en place rapide de moyens réalistes pour résorber cette pénurie devient une question de survie, et c’est urgent.

Il faut se le dire, donner des primes salariales aux enseignants est certes une stratégie alléchante et motivante pour certains, mais elle est éphémère et s’étiole rapidement devant l’ampleur de la tâche. Pour réussir à développer du bien-être au travail, favoriser la persévérance et augmenter le taux de rétention en enseignement, il faut leur fournir les ressources nécessaires pour exercer la profession dans des conditions favorables à la sauvegarde de leur santé mentale.

Pour y arriver, pourrait-on investir financièrement dans la mise en place d’un programme d’insertion professionnel provincial, sous l’égide du Carrefour national d’insertion professionnel en enseignement (CNIPE)? Cet organisme, qui existe depuis 16 ans, aide déjà certains centres de services scolaires à l’élaboration de ressources répondant aux besoins spécifiques du milieu. Soulignons que cette pénurie ouvre la porte à l’embauche d’enseignants non qualifiés, qui semble l’une des seules solutions viables à court terme pour l’instant. C’est la raison pour laquelle il faut plus que jamais investir dans l’accompagnement des enseignants novices, quel que soit leur statut, pour soutenir les équipes-écoles et garantir un enseignement de qualité aux élèves. 

L’urgence n’est pas de trouver des boucs émissaires, mais bien de soutenir le travail des enseignants afin de solidifier les bases de ce système qui est en train de s’effriter dangereusement. Cette initiative pourrait également être un pas de plus pour valoriser cette profession en souffrance.

Nancy Goyette, Ph. D.,
professeure et chercheuse au
Département des sciences de l’éducation, UQTR.

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