/news/law

Preuve close au procès de Rozon

Michael Nguyen | Le Journal de Montréal

Gilbert Rozon a clos son témoignage jeudi en jurant n’avoir «agressé d’aucune façon» la femme qui l’accuse de viol, si bien que la juge aura désormais la délicate tâche de déterminer qui dit la vérité pour rendre un verdict.

• À lire aussi: Gilbert Rozon nie avoir violé la plaignante

• À lire aussi: Procès Rozon : «Il s’est comme jeté sur moi»

• À lire aussi: L’heure de vérité approche en cour pour Rozon

«Si j’étais un agresseur, elle ne serait pas restée dormir, elle n’aurait pas enlevé sa robe», a lancé le fondateur de Juste pour rire, au palais de justice de Montréal.

Accusé de viol et d’attentat à la pudeur sur une employée d’une station de radio des Laurentides, en 1980, Rozon clame son innocence. Debout à la barre des témoins, il se décrit comme une victime.

  

Car si la plaignante dit avoir été violée dans son sommeil, le magnat de l’humour déchu soutient plutôt que c’est elle qui s’est mise «à califourchon» sur lui pendant qu’il dormait.

Deux versions

Il ne s’agit pas de la seule divergence entre le témoignage de Rozon et celui de la plaignante (voir encadrés ci-bas).

Lors des plaidoiries finales, le 6 novembre prochain, tant Me Pierre Poupart de la défense que Me Bruno Ménard de la Couronne ne manqueront pas de souligner les contradictions dans les récits de la plaignante ou de l’accusé.

Crédibilité

Or, la méthode que devra fort probablement utiliser la juge Mélanie Hébert pour rendre son verdict est commune dans les dossiers de crimes sexuels. Appelée «test W.D.» du nom d’un arrêt de la Cour suprême en 1991, elle comporte trois étapes.

La juge devra d’abord analyser le témoignage de Rozon. Si elle le croit, il sera acquitté.

Si elle ne le croit pas, mais qu’après avoir regardé l’ensemble de la preuve présentée, elle a un doute raisonnable sur sa culpabilité, alors il devra aussi être acquitté.

C’est donc seulement si elle ne croit pas Rozon, et qu’elle croit la plaignante «hors de tout doute raisonnable» que la magistrate pourra déclarer l’accusé coupable de viol et d’attentat à la pudeur.

«Absolument» innocent

Questionné en marge de l’audience à savoir s’il se considérait innocent, Rozon a répondu «absolument».

De nombreuses contradictions

Sur la soirée en discothèque

Rozon affirme que durant la soirée où il cherchait à «faire du charme» à la femme, des affinités se sont développées. «Je pense qu’on avait un intérêt palpable l’un pour l’autre, on se regardait dans les yeux, elle rigolait de mes blagues qui ne sont pas toujours drôles», a-t-il témoigné.

La plaignante soutient que la soirée au Copacabana de Saint-Sauveur s’est passée «de façon neutre» et qu’à la fin, il devait la ramener chez ses parents.« Il n’y avait pas vraiment eu d’intérêt», a-t-elle dit à la cour en expliquant que durant la soirée, Rozon est allé serrer la main de gens qu’il connaissait.

Sur le prétexte pour rester ensemble

Rozon mentionne qu’il a proposé à la plaignante d’aller prendre un dernier verre chez une copine qui résidait non loin de là, et que la femme a accepté. «Ç’aurait été une insulte à son intelligence de lui dire que j’allais [seulement] chercher des papiers», a assuré le magnat de l’humour déchu au tribunal.

La victime alléguée prétend pour sa part que Rozon a accepté de la ramener chez elle, mais qu’il devait d’abord «aller chercher des papiers chez sa secrétaire». Une fois arrivée sur place, Rozon lui aurait proposé de descendre et d’entrer à l’intérieur, ce qu’elle a accepté. Il l’a ensuite invitée à s’asseoir sur un canapé.

Sur les avances dans la maison

Rozon a décrit la scène comme un «film romantique», avec un feu de cheminée. Tout allait bien jusqu’à ce qu’il essaie de glisser sa main sur la robe de la femme. «Elle s’est vraiment raidie et j’ai arrêté tout de suite en me demandant si elle avait un copain ou si elle avait ses menstruations», a-t-il témoigné.

La plaignante affirme plutôt que Gilbert Rozon s’est assis à côté d’elle et qu’il s’est «comme jeté» sur elle pour l’embrasser. «Il y a eu du tiraillement, le bouton de ma chemise a foutu le camp, a-t-elle expliqué à la juge Mélanie Hébert lors de son témoignage. Je me suis débattue, je lui ai dit d’arrêter.»

Sur le viol allégué

Rozon dit qu’au petit matin, il s’est réveillé avec la plaignante à califourchon sur lui, en train de lui faire l’amour. Il l’a trouvée «weird» et s’est demandé si elle avait changé d’avis durant la nuit. «Je me suis laissé faire, j’ai pris mon plaisir, a-t-il résumé. J’ai accepté mon sort parce que ça m’arrangeait.»

La victime dit qu’elle s’est réveillée et que Gilbert Rozon la violait. «Je me souviens de l’oppression, du lâcher-prise, de me dire de penser à autre chose et que ça va se finir, a-t-elle décrit. Après, j’étais en colère contre moi de l’avoir laissé faire ça; je m’étais défendue avant alors pourquoi je n’ai pas continué ?»