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Immigration et COVID-19: le nouveau catéchisme

Frédéric Bastien

Interviewé cette semaine dans La Presse, le ministre fédéral de l’immigration, Marco Mendicino, a reconnu que l’arrivée d’immigrants baisserait cette année. Ce n’est toutefois que partie remise. Ottawa compte corriger le tir, car, aux dires du ministre, l’immigration est essentielle pour sortir de la crise actuelle.  

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Tous les travailleurs de la santé sont méritoires

Celui-ci explique d’abord que nous affrontons la crise grâce à l’immigration, mettant l’accent sur les nombreux travailleurs étrangers dans le réseau de la santé. Ils nous aident à combattre l’ennemi invisible et contribuent à la victoire qui viendra éventuellement. Cet apport est indéniablement positif, mais c’est le cas aussi pour tous les travailleurs de la santé. Ils méritent tous notre admiration, nonobstant leur origine ethnique. 

En réalité il n’y a aucun lien entre le succès contre la pandémie et l’immigration. Certains pays avec beaucoup d’immigrants ont relativement bien réussi à maîtriser le virus, d’autres pas. Inversement, des pays qui ont très peu d’immigration n’ont pas su faire face à la crise sanitaire. D’autres encore, où il y a peu d’étrangers, s’en sont bien tirés. 

Par ailleurs, il faut cesser d’enfermer les gens issus de l’immigration récente dans la case de leur pays d’origine ou de celui de leurs parents. Les ancêtres du docteur Horacio Arruda ne venaient pas de la France. Ses parents sont plutôt originaires des Açores. Sa famille a toutefois pris racine dans notre terre et le chef de la santé publique, qui est né ici, est Québécois à 100 %. 

On peut dire la même chose de Monsieur Mendicino, né en Ontario, qui est 100 % Canadien anglais, même si ses parents venaient d’Italie. Ni l’un ni l’autre ne sont des immigrants. Ils ont désormais en partage la culture respective des deux peuples fondateurs.

Pour revenir à la crise actuelle, le ministre fédéral voit l’immigration comme l’outil par excellence qui permettra à notre économie de rebondir. Encore une fois il n’y a aucun lien entre les deux variables. Le Japon est l’un des pays les plus homogènes du monde et demeure l’une des plus formidables puissances économiques de la planète. Inversement, l’Argentine est un pays qui a, historiquement parlant, reçu beaucoup d’immigrants. Son économie n’a jamais pour autant été très performante. De multiples études ont déjà démontré que richesse économique et immigration n’ont rien à voir ensemble. 

Qu’à cela ne tienne, Monsieur Mendicino s’enfonce dans le sophisme. Il argue que nous sommes actuellement dans une «pénurie de main-d’œuvre» que l’immigration pourra combler et nous aider ainsi à sortir de la récession. 

Avant la crise de la COVID, cet argument était utilisé pour justifier un haut niveau d’immigration. Déjà il ne tenait pas la route. Les lobbys patronaux appelaient «manque de main d’œuvre» ce qui n’était en fait rien d’autre qu’un taux de chômage faible. Cela ne faisait pas l’affaire des patrons qui devaient augmenter les salaires pour attirer les travailleurs. D’où l’idée de faire venir des travailleurs immigrés, qui déprécient les salaires, surtout pour les emplois au bas de l’échelle. 

Le ridicule ne tue pas  

Outre le fait qu’il sert les intérêts du patronat, l’argument du manque de main-d’œuvre ne tient pas la route. Les immigrants qui arrivent ici, en supposant qu’ils se trouvent un travail (ce qui n’est pas toujours le cas), consomment des biens et services. Ils doivent se loger, ont besoin d’un médecin, envoient leurs enfants à l’école, etc. Leur présence créée une demande de main-d’œuvre supplémentaire qu’il faut à nouveau combler. On revient pour ainsi dire à la case départ.

Avec la COVID les beaux jours du chômage faible sont derrière nous. L’argument du manque de main-d’œuvre est donc encore plus absurde. Le nombre de sans-emploi a grimpé substantiellement depuis l’hiver dernier, atteignant des sommets rarement égalés dans notre histoire. Notre pays serait pourtant toujours en «manque de main-d’œuvre», suivant le gouvernement Trudeau. À sa face même, cette affirmation est la preuve que le ridicule ne tue pas!

Considérant tout ce qui précède, comment expliquer que la crise actuelle conduit les fédéraux à vouloir augmenter l’immigration? La raison est idéologique. Il faut toujours plus d’immigrants pour donner corps à l’idéologie multiculturaliste canadienne. Cette doctrine est devenue la religion officielle du régime fédéral. Elle est même enchâssée dans la constitution, une situation unique au monde. 

Comme toutes les religions, cette idéologie produit son catéchisme, qui est réédité périodiquement. La nouvelle version prend désormais en compte la crise de la COVID. Sans surprise, le nouveau catéchisme nous ramène aux mêmes conclusions que les éditions précédentes en ce qui touche l’immigration: celle-ci est toujours bonne et il en faut toujours plus.

Frédéric Bastien, historien
Ex-candidat à la chefferie du Parti québécois

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