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Le chemin de Lacroix

Antoine Robitaille | Agence QMI

Ces dernières années, même si je savais trompeurs les discours rassurants au sujet de l’état de la langue française au Québec, j’aimais espérer qu’ils fussent justes.

J’aimais me bercer d’illusions.

J’ai eu 20 ans en 1988. J’appartiens à cette génération X dont plusieurs membres ont été durablement marqués par les marches et manifestations dont le slogan était «Ne touchez pas à la loi 101».

J’en ai conservé une cette certaine idée du Québec pour lequel le français devrait être objet de soin afin qu'elle soit une langue de convergence, un creuset. Le socle d’une nation unique sur ce continent animée d’un «dur désir de durer», pour emprunter l’allitération de Paul Éluard.

Or, ces idées ont du plomb dans l’aile. On dirait qu’elles n’ont pas été transmises. Étaient-elles trop liées à ces autres projets de souveraineté, d’indépendance, lesquels ont échoué? L’émergence de nouveaux moyens de communications, de diffusion culturelle, en a-t-elle sonné le glas?

Prise de conscience

Il reste que ces temps-ci, les aveux sont éloquents et se multiplient.

À Québec, depuis le dépôt de récentes études, on admet dans tous les partis que le français va mal. C’est en passe de devenir un lieu commun. Il n’y a plus vraiment de Jean-Marc Fournier, ce libéral qui en 2016, incarnait l’optimisme béat au sujet du français.

Même à Ottawa —je le soulignais récemment— le gouvernement Trudeau, dans son discours du Trône, affirmait pour une des premières fois que le français a besoin de protection et de promotion particulière.

Cela semble un euphémisme: TVA Nouvelles révélait mercredi par exemple que «dix des dix-neuf arrondissements de la métropole, ainsi que la Ville-Centre, n'ont pas de certificat de conformité à la Charte de la langue française».

Le ministre responsable de la langue, Simon Jolin-Barrette, le déplorait, déclarant que Montréal devrait pourtant être «le vaisseau amiral de la langue française» au Québec. Voilà qui est bien dit.

Mais comme le soulignait hier le nouveau chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon: au sein de la CAQ, M. Jolin-Barrette semble être un «guerrier solitaire» qui «fait des sorties seul, toujours sur les mêmes thématiques», alors que son gouvernement «fait exactement l'inverse».

Lucidité

Pour retrouver le goût de l’action, de redresser les choses, de régler des problèmes, un exercice de lucidité s’impose.

Pour plusieurs, ce pourrait bien être la lecture de «Pourquoi la loi 101 est un échec» (Boréal) du chercheur indépendant Frédéric Lacroix.

Un vrai chemin de Lacroix, cet ouvrage, qui, avec force statistiques, retours historiques documentés, relativise de façon convaincante le succès de cette loi reconnue pour avoir refondé le Québec.

Une loi combattue, malmenée par Ottawa au nom de la symétrie des minorités linguistiques. Loi qui n’est plus l’ombre de ce qu’elle fut lors de son adoption en 1977.

Mais la faute revient aussi aux élites québécoises, qui semblent avoir tourné le dos au combat pour un Québec français en réclamant toujours plus d’anglais. Et en pratiquant un franglais débridé. «Le français est lentement ravalé au rang de langue seconde au Québec», conclut même Lacroix.