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Le mouvement antimasque a une aile jeunesse

Louis-Philippe Messier | Agence QMI

PHOTO COURTOISIE

Le mouvement antimasque québécois dispose depuis quelques semaines d'une «aile jeunesse», dont les membres prétendent se tenir loin des idées loufoques de certains manifestants.

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Après moins de deux mois d’existence, le groupe Facebook privé «La jeunesse se lève» compte plus de 600 membres de 29 ans et moins. La vidéo de présentation du groupe tournée par Amanda Boucher, 22 ans, et Lori*, 25 ans, s’est fait partager plus de 5300 fois et a été visionnée quelque 150 000 fois.

Lors de la dernière manifestation à visages découverts légale, le 30 septembre, nous nous sommes entretenus avec les meneuses de cette filière pour démêler leurs positions.

Pacifisme

Le groupe d’une dizaine de jeunes femmes (aucun garçon n'était sur place ce soir-là) se démarquait du reste de la foule des antimasques réunis autour du chalet du parc La Fontaine. Regroupées autour de leur pancarte sur laquelle était inscrit «La jeunesse se lève», elles étaient souriantes, polies, correctement habillées. Leur attitude tranchait avec l’agressivité de certains autour d’elles.

Même si des co-manifestants brandissaient des pancartes pour affirmer que la COVID-19 n’est qu’un «canular», les jeunes militantes se défendaient de partager ce point de vue. «Il y en a qui hurlent "Arruda en prison!", mais je ne suis vraiment pas là !» a dit Alexia Dupuis-Gaudreault, une militante de 27 ans. Ses consœurs acquiesçaient en l’écoutant.

Civisme

Bien qu’elles s’opposent aux mesures sanitaires obligatoires en vigueur, elles affirment s’y conformer, par civisme. «Même si on n’aime pas ça, on le met, notre masque, quand on fait nos commissions ou si on entre quelque part, parce que c’est la loi!» a résumé Amanda Boucher.

Les jeunes femmes sont tout spécialement contre le port obligatoire du masque dans les écoles et contre les annulations d'activités sportives puisque la COVID-19 affecte peu les jeunes.

«Chez les ados et surtout chez les enfants, les dommages des mesures sanitaires seront bien pires que celle du virus lui-même, a soutenu Lori. Il faudrait protéger ceux qui sont vulnérables au lieu de paralyser toute la société et de provoquer des faillites, des dépressions, des suicides.»

Les militantes de «La jeunesse se lève» professent quand même certaines convictions qui semblent typiques du mouvement antimasque. Comme ses consœurs, Alexia est farouchement opposée à un éventuel vaccin obligatoire. Amanda semble présumer que, sans mesures sanitaires contraignantes, les citoyens feraient quand même très attention. Lori juge les statistiques de mortalité gonflées et elle semble souscrire à un mythe circulant en ligne voulant que des «suicides» soient étiquetés COVID.

Compagnie

Ces jeunes militantes aux idées assez modérées étaient toutefois entourées d'adeptes de théories du complot de tout acabit, allant des personnes qui croient à des complots «pédosatanistes», qui défendent QAnon ou qui semblent carrément illuminés.

Cette compagnie dérange-t-elle les «cadettes» du mouvement? «Nous avons nos raisons d’être ici, eux ont les leurs, et ça ne nous regarde pas vraiment, chacun est libre de penser ce qu’il veut», a répondu Amanda.

Elle ne tolérera toutefois pas l’homophobie, précise-t-elle. «Il a été question qu’un pasteur qui est contre l’homosexualité prenne la parole et ça, pour nous, c’est non, on n’ira pas à une manifestation où ce gars-là serait invité», a-t-elle dit.

Pour éviter de manifester auprès de gens qu’elles jugeraient infréquentables, Amanda et Lori de «La jeunesse se lève» n’excluent pas d’organiser un jour leurs propres rassemblements.