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Mort de Pierre Laporte: un témoin raconte

TVA Nouvelles

Il y a 50 ans, le Québec vivait un moment marquant de son histoire lors de la Crise d’octobre de 1970, caractérisé entre autres par l’enlèvement, et puis la mort, de l’ancien ministre du Travail, Pierre Laporte.

Mychel St-Louis, jadis journaliste pour CKAC, n’oubliera sans doute jamais le jour où la dépouille de M. Laporte a été trouvée dans le coffre d’une voiture abandonnée à proximité de l’aéroport de Saint-Hubert.

Mis à part les policiers et les membres des Forces armées, M. St-Louis est un des seuls témoins oculaires de la scène du 17 octobre 1970.

Tout a débuté par un coup de fil que le journaliste a reçu en soirée lui indiquant qu’un communiqué avait été laissé pour lui dans un présentoir de la salle Port-Royal à la Place des Arts de Montréal.

«Je me suis présenté ici. À l’époque ce n’était pas piétonnier, on pouvait se garer devant la Place des Arts. J’ai laissé le véhicule et je suis entrée et j’ai été au présentoir en question. Et effectivement, sous la cinquième ou sixième brochure, j’ai trouvé le communiqué en question», s’est remémoré l’homme.

De retour dans le véhicule, Mychel St-Louis prend connaissance du document. Il constate le sérieux de ce qui y est écrit. Comme plusieurs communiqués émis par le Front de libération du Québec (FLQ) avant celui-ci se sont avérés mensongers, CKAC a choisi de ne pas prévenir la police immédiatement. M. St-Louis a donc pris la route en direction de Saint-Hubert où il a retrouvé la Chevrolet immatriculée 9J-2420.

«Dès le départ, j’ai constaté que l’arrière du véhicule était plus affaissé vers le sol, donc il y avait sans doute quelque chose dans le coffre. Ça, ça semblait évident», a-t-il relaté.

Le journaliste, âgé d’à peine 23 ans à l’époque, inspecte la voiture avant d’appeler ses patrons pour leur dire qu’il a trouvé le véhicule qui a servi à l’enlèvement de Pierre Laporte.

«Quand je suis allé en ondes, j’ai simplement dit qu’on avait reçu un communiqué du Front de libération du Québec, qu’on nous indiquait où se trouvait le véhicule qui a servi à l’enlèvement de M. Laporte et qu’on l’avait retrouvé», a raconté Mychel St-Louis.

À l’époque, M. St-Denis aurait voulu ouvrir le coffre de la voiture pour y voir ce qui s’y trouvait. Mais compte tenu des mesures mises en place par le gouvernement, le directeur de l’information de CKAC lui a indiqué qu’il était préférable de ne pas l’ouvrir.

«Ça me titille un peu parce que si Pierre Laporte était à l’intérieur, je me dis peut-être qu’il est encore en vivant parce qu’on disait qu’on avait mis fin à ses jours quelques heures plus tôt», a-t-il dit. Malheureusement, il ne le saura jamais.

L’arrivée des policiers et des Forces armées canadiennes s’en suit, a-t-il décrit. Et même s’il est sommé de quitter les lieux, Mychel St-Louis tient tête. Il souhaite à tout prix assister à l’ouverture du coffre de la voiture.

Il multiplie alors les interventions en ondes pour informer les gens des développements dans cette affaire, et ce, même au moment où un militaire procède à l’ouverture du coffre avec une barre à clous.

«Ça donnait de coups. Je me souviendrais de ça toute ma vie. J’étais en ondes et je décrivais la situation et c’était plutôt lugubre d’entendre derrière moi le ''toc'', ''toc'', ''toc''», s’est-il rappelé.

Après son intervention, il entend le militaire dire au chef de police que le coffre contient des chiffons imbibés de sang. Le coffre est finalement ouvert.

«Le chef Bellemare s’est approché et il m’a dit ''oui c’est M. Laporte'' et j’ai dit ''je veux le constater moi-même de visu avec Robert Nadon''. On s’est approché... et là j’ai vu M. Laporte qui avait la tête qui reposait sur un oreiller», a-t-il décrit.

Face à l’horreur, Mychel St-Louis reste stoïque.

«Sur le coup, je suis resté vraiment... J’ai été comme assommé. [...] Et encore là je me suis posé la question ''est-ce que j’aurais dû ouvrir [le coffre]?'' Parce que là véritablement il était mort, mais est-ce qu’il était mort quand on l’a déposé là», s’est-il demandé.

De retour sur les lieux du tragique événement, Mychel St-Denis n’a pu s’empêcher que de revoir la scène dans sa tête. «C’était comme si je revivais aujourd’hui ce que j’ai vécu en 1970.»