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Accidents de la route: attention devant les centres d’achat

Annabelle Blais et Philippe Langlois | Journal de Montréal

Dossier pires routes du Québec

Photo Agence QMI, Roger Gagnon

Les grands boulevards devant les centres commerciaux sont parmi les endroits où les automobilistes québécois courent le plus de risque d’être impliqués dans un accident de la route, révèle une analyse inédite.

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Lors des derniers mois, notre Bureau d’enquête a analysé des données tirées d’environ 435 000 rapports policiers d’accidents survenus entre 2014 et 2019. Nous avons pu les géolocaliser (identifier précisément sur une carte) afin de connaître les tronçons de route les plus dangereux.

Les échangeurs et les autoroutes tout près, comme ceux du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine à Longueuil, sont les endroits où on retrouve le plus de collisions, comme nous l’écrivions hier.

Mais on constate aussi que les artères près des centres commerciaux sont également des secteurs sensibles. 

On comprend un peu plus pourquoi l’autoroute 40, près du boulevard Pierre-Bertrand, à Québec, est le tronçon où les collisions sont les plus nombreuses. Situé entre deux échangeurs, il n’est pas très loin des Galeries de la Capitale et d’un Costco. 

Une piste de course 

Parmi les autres endroits dangereux situés en zone commerciale, il y a le boulevard Talbot devant la Place du Royaume à Saguenay. Entre 2014 et 2019, on y a compté 403 accidents qui ont fait 24 blessés.

Les problèmes de vitesse y sont connus. 

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« Les jeunes avec les voitures modifiées se rassemblent près des aires de restauration », explique le sergent Dominique Simard, du Service de police de Saguenay.

« Au printemps, on sort notre équipe “Rapide et dangereux”. On constate de la vitesse, du louvoiement, des départs rapides et des courses. C’est l’un des endroits les plus critiques », poursuit le relationniste du même service, Bruno Cormier. 

Lors d’une opération en juillet, un constat d’infraction pour du car surfing (une personne grimpée sur un véhicule en mouvement) a même été donné.

En février, la limite de vitesse est d’ailleurs passée de 70 à 50 km/h. 

Interdit à ses enfants

À Trois-Rivières, les citoyens se plaignent régulièrement de ce qu’ils observent sur la rue Barkoff, devant les Galeries du Cap, confirme le conseiller municipal Pierre-Luc Fortin. 

Sur le tronçon le plus sensible, entre les rues De Callières et Des Ormeaux, nous calculons 281 accidents et 62 blessés. Sur l’ensemble du boulevard, on parle de 310 accidents et 69 blessés.

L’intersection de la rue Des Ormeaux est si dangereuse que le conseiller interdit même à ses enfants d’y rouler à vélo. 

La Ville a donc mandaté la firme d’ingénierie WSP pour documenter les problèmes de sécurité et de fluidité.

Comme cette voie est tout près de l’autoroute 40, il est compliqué d’intervenir. Les élus voulaient installer un feu de circulation à l’intersection de la rue De Callières. 

« On se fait dire par le MTQ [ministère des Transports] qu’on ne peut pas parce qu’on va créer un problème sur le pont », explique M. Fortin.

Trois-Rivières a donc décidé d’intervenir dès cet automne plus haut sur la rue. Un feu de circulation sera installé à l’intersection Des Ormeaux avec un cycle pour piéton et une bande cyclable sera tracée sur Barkoff.

De nombreux accidents se produisent aussi sur le boulevard Firestone, devant les Galeries Joliette, dans la ville du même nom. 

Un mélange nocif  

Les routes ont deux fonctions principales :  

  • Le transit (se rendre du point A au point B)  
  • L’accès (entrer dans un commerce ou en sortir, par exemple)   

Lorsqu’on mélange ces deux fonctions, des conflits émergent.

Des tensions entre le ministère des Transports et les villes surviennent lorsque la route principale, qui est souvent sous la juridiction du ministère, passe dans le cœur du village où il y a les activités commerciales. 

« Les deux usages ne coexistent pas très bien. Pour le ministère, c’est une route qui sert au transit, donc il peut être réticent ou opposé à abaisser la limite de vitesse, explique Nicolas Saunier, professeur spécialiste de sécurité routière à Polytechnique Montréal. La ville est plus préoccupée pour la sécurité de ses citoyens, elle veut encourager les commerces locaux. Ça rentre en conflit. »

Une solution est de construire une voie de contournement pour séparer les deux fonctions. Mais très souvent, il devient difficile de résister à la tentation d’aménager de nouveaux commerces près de cette nouvelle route. 

« Et on recrée le problème avec l’effet pire qu’on dévitalise notre artère commerçante principale », dit M. Saunier.