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Crise policière: la patience n'a pas de limites!

Antoine Robitaille

Depuis son arrivée en poste en 2018, la ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault martèle qu'elle «partage l'impatience» des Québécois quant aux crises qui secouent nos corps policiers.

Or nous sommes en octobre 2020, la police nationale est décapitée depuis mars 2019; le D.G. suspendu de la Sûreté du Québec, Martin Prud'homme, s'est même payé une crise d'impatience dans les médias hier.

Et tout ce que la ministre avait à annoncer par la suite est: «le processus continue de suivre son cours». Le dossier Prud'homme fut «transmis à la Commission de la fonction publique (CFP) pour qu'elle fasse enquête» et rédige un rapport, celui-ci sur l'existence ou non «d'une cause de destitution ou de suspension sans rémunération».

Deux grossesses

Dix-neuf mois d'enquête! L'équivalent de deux grossesses! Au moins, il fut précisé que les allégations contre Prud'homme n'étaient pas criminelles, mais déontologiques.

Selon ce qu'on a enfin confirmé hier dans la sortie de M. Prudhomme, le geste problématique serait... un coup de téléphone à la Directrice des poursuites criminelles et pénales, Annick Murphy, en 2017.

Tout ce temps pour un coup de fil! Pour déboucher sur une autre enquête sur l'enquête, comme celle du Bureau des enquêtes indépendantes sur les enquêtes de l'UPAC.

Piège

Du reste, Mme Guilbault avait une information assassine, hier: le fameux rapport qu'étudiera la CFP, M. Prud'homme l'a entre les mains depuis le 9 juin. Il s'était bien abstenu de le préciser lors des entrevues en matinée...

Sur un ton presque sadique, Mme Guilbault a souligné que des informations «contenues dans le rapport» pourraient «évidemment éclairer tout lecteur sur, un peu, la teneur de la situation». Seulement, il faudrait que M. Prud'homme autorise «qu'on rende l'information publique», précisa-t-elle. En effet, l'intérêt public commande que l'on prenne connaissance de ce rapport.

M. Prud'homme choisira probablement la voie des tribunaux. À l'instar de Jean Charest. On aura ainsi bientôt un ancien premier ministre et un ex-D.G. de la SQ qui, parallèlement, poursuivront l'État. Belle image. Sans compter que les deux seraient, coïncidence cocasse, représentés par le même avocat, Michel Massicotte.

Le réflexe serait de dire que tout cela a assez duré, que nous avons besoin d'une vaste commission d'enquête.

Nous nous sommes saoulés de grands exercices de ce type dans les dernières années, avec des résultats mitigés.

De toute façon, une partie du problème policier a été réglé avec la loi 1 de la CAQ: la nomination des patrons de l'UPAC, de la SQ et du DPCP est faite par l'Assemblée nationale désormais (ce qui entraîne peut-être d'autres problèmes, mais bon).

Et il y a le livre vert de Mme Guilbault sur la Réalité policière au Québec, déposé fin 2019, où l'on pouvait lire qu'une «succession d’événements» récents a fragilisé «la confiance de la population à l’endroit de la police».

Livre qui fut suivi... d'une consultation, ralentie par la COVID-19. Il y aura un autre rapport. En mai. Et qui sait, peut-être même une autre consultation? Et un autre rapport?

Heureusement que la ministre «partage notre impatience».

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