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Le cancer du sein paie pour la COVID

Hugo Duchaine | Journal de Montréal

Environ 730 chirurgies de moins ont été faites pour le cancer du sein comparativement à l’an dernier à cause d’une baisse marquée du dépistage pendant la pandémie de COVID-19, s’inquiètent des médecins.

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Si le nombre de chirurgies oncologiques a chuté de 15 % par rapport à l’an dernier, c’est surtout parce qu’il n’y avait à peu près pas de nouvelles patientes ce printemps.

« Je n’ai pas vu de nouveau cancer pour trois ou quatre mois [...] Le problème n’était pas d’opérer [les patientes], mais de les diagnostiquer, de rentrer dans le système », explique le Dr Sarkis Meterissian, chirurgien oncologue au Centre universitaire de santé McGill.

La Dre Louise Provencher et lui sont les codirecteurs scientifiques de la Fondation du cancer du sein du Québec. 

Ils présentent aujourd’hui des statistiques sur l’impact de la pandémie de COVID-19, dans le cadre d’un forum virtuel de l’organisme.

Bonne et mauvaise nouvelle 

Ils font état à la fois d’une bonne et d’une mauvaise nouvelle.

« Les délais [d’attente pour une chirurgie] ont été semblables ou à peu près à ceux de l’année d’avant », souligne la chirurgienne oncologue au Centre hospitalier universitaire de Québec. C’est-à-dire qu’une majorité de patientes ont pu être opérées à l’intérieur d’un délai de 28 jours.

Toutefois, de mars à août 2020, il s’est fait 732 chirurgies pour le cancer du sein de moins, selon des données obtenues auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux.

« Les patientes qui avaient des symptômes de cancer du sein ou des bosses qu’elles palpaient n’ont pas consulté », tire comme conclusion la Dre Provencher.

Les patientes qui se rendent chez les Drs Provencher et Meterissian doivent d’abord être envoyées par un médecin de famille.

Liste d’attente vidée 

Sarkis Meterissian a l’habitude d’avoir une liste d’attente de 20 à 30 patientes pour des chirurgies oncologiques, dit-il. En juillet, il n’en restait que trois.

Les cas les plus urgents ont été priorisés, et puisque la majorité des chirurgies contre le cancer du sein sont des chirurgies d’un jour, il était plus simple d’aller de l’avant pendant la pandémie.

Néanmoins, les chirurgiens oncologues estiment que le trou béant causé par la COVID-19 dans le dépistage est encore impossible à mesurer. Annuellement, plus de 6000 cancers du sein sont diagnostiqués au Québec, et il s’agit du cancer le plus fréquent chez les femmes.

« On ne sait pas l’impact pour ces patientes qui n’ont pas été diagnostiquées pendant cette période-là [...] Est-ce que le diagnostic sera retardé, est-ce que le pronostic sera différent ? Personne ne le sait », lance Louise Provencher.

« [Le cancer], on veut le trouver plus tôt que trop tard », poursuit-elle.

Sarkis Meterissian et elle lancent un appel aux femmes de ne pas avoir peur de consulter. Ils assurent que les cliniques médicales prennent toutes les précautions nécessaires contre la COVID-19. 

Angoisse pour une chirurgie reportée  

Une femme de Saint-Jérôme, dont l’agressif cancer du sein a été diagnostiqué juste avant le confinement en mars, a vécu des mois d’angoisse avec le report de sa chirurgie.

« On vit avec la peur de ne pas recevoir un soin, de contracter le virus [de la COVID-19] et que ça nuise à nos soins, que nos spécialistes le contractent et que ça reporte nos soins », énumère Carole Giroux pour illustrer son calvaire.

Directrice des ressources humaines dans un cabinet d’avocats, la femme de 47 ans a appris le 5 mars qu’elle était atteinte d’un cancer du sein triple négatif. Il s’agit d’un type de cancer agressif, à haut risque de récidive.

« S’il y a un cancer du sein que tu ne veux pas, c’est lui », souffle-t-elle. 

Son cas était urgent, elle devait annuler un voyage prévu en Afrique et se préparer à passer sous le bistouri à la fin mars. Puis, la COVID-19 a tout chamboulé.

Le bordel 

« Ça a été le bordel pour moi », déplore-t-elle. Sa chirurgie a été annulée à deux reprises, si bien qu’elle a fait son testament et pris des arrangements, craignant le pire.

Plus d’un mois après son diagnostic, son protocole a finalement été changé pour prioriser d’abord des traitements de chimiothérapie.

Elle déplore aussi le manque de suivi qu’elle a vécu. 

« Tout était désorganisé », dit-elle.

Personne ne lui a expliqué comment ses traitements se dérouleraient ou encore les effets secondaires dont elle souffrirait. « Il a fallu que j’apprenne sur le tas », poursuit Mme Giroux.

Sa tumeur a finalement été retirée après ses traitements de chimiothérapie, soit à la fin août. Elle attend désormais le début de sa radiothérapie.

Mère d’un fils de 22 ans et grand-maman d’un petit garçon, elle a aussi souffert de l’isolement nécessaire à sa condition médicale.

« D’être toute seule, je trouve ça difficile [...] Juste de savoir qu’on a un cancer, c’est difficile, mais là, ça a été multiplié par je ne sais plus combien », admet-elle.

Elle espère que le système de santé aura tiré des leçons de la première vague de la COVID-19 afin d’éviter que d’autres femmes traversent cette douloureuse épreuve de façon aussi chaotique.