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Le profil «discret» du tueur qui a décapité le professeur

Par Marine Pennetier | AFP

«Il était souvent tout seul». À Évreux, 100 km à l'ouest de Paris, les voisins du réfugié tchétchène qui a décapité vendredi un enseignant pour avoir montré à ses élèves des caricatures de Mahomet, brossent le portrait d'un jeune homme «discret», «plongé dans la religion» depuis trois ans.

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Au lendemain de l'attentat à Conflans-Saint-Honorine, près de Paris, et d'une série de perquisitions au domicile familial d'Abdoullakh A., le calme régnait samedi dans le quartier de la Madeleine, dans les rues qui jouxtent la maison d'arrêt d'Évreux.

Abdoullakh A. a égorgé le professeur d'histoire-géographie Samuel Paty, père de famille de 47 ans, dans une rue proche du collège où il enseignait, vers 17H00, alors qu'il rentrait chez lui. L'assaillant a été tué par la police peu après.

Devant l'immeuble de quatre étages dans lequel vivait ce réfugié tchétchène de 18 ans, de jeunes enfants passent à vélo, une poignée de voisins sortent faire leurs courses ou promener leur chien. Les volets des fenêtres du premier étage, où vivait la famille, sont à moitié fermés.

Dans la nuit, l'appartement de la famille A. a été la cible des policiers du Raid et de la Sous-direction antiterroriste (Sdat). L'opération s'est soldée par l'interpellation, «sans heurts» selon une source policière, des parents, du grand-père et du petit-frère de l'assaillant.

Choc et consternation

«Je suis choqué», confie un voisin de 44 ans, qui n'a pas souhaité donner son nom. «On a beau être voisin, on ne peut pas connaître la vie des gens, ici c'est juste +bonjour au revoir+, ça s'arrête là».

«Après c'est un coin paisible, ce n'est pas le coin le plus malfamé de la Madeleine», ajoute-t-il, «c'est un coin familial, il n'y a pas un bruit et c'est tout le temps comme ça».

Assise avec une amie sur des marches d'escalier non loin de là, Sofia, 23 ans, abonde. L'agresseur, «je le voyais, mais c'était rare, je voyais plus ses petits frères».

«Ma mère l'a vu il y a trois ou quatre jours, il était tout seul, mais c'était souvent le cas. C'était rare qu'il se mélange aux autres», ajoute la jeune femme, en évoquant une famille très «discrète».

Connu pour des antécédents de droit commun, il ne l'était toutefois pas des services de renseignement pour radicalisation.

C'était «un jeune sans souci», qui «a été scolarisé à Évreux jusqu'au lycée et qui ne présentait pas de signe avant-coureur de radicalisation», confirme un élu local. «Il n'y avait aucun souci avec cette famille».

Au volant de sa voiture, un jeune en doudoune noire et sweat à capuche gris décrit son voisin, qui était dans le même collège que lui, comme quelqu'un «qui ne sortait plus trop».

«Avant, il était impliqué dans des bagarres, mais ces deux, trois dernières années, il s'était bien calmé» et s'était «plongé dans la religion», raconte-t-il, «il faisait ses prières, il n'était pas trop dehors, il parlait poliment».

«Je ne sais pas ce qui s'est passé dans la tête de ce garçon», s'interroge Albert, 40 ans, qui habite un bloc d'immeubles plus loin.

«Je suis choqué, je n'aurais jamais imaginé ça. Une bagarre entre bandes de quartier, comme à Dijon (ville du centre-est de la France, théâtre d'expéditions punitives de jeunes Tchétchènes en juin) ? Ça, peut-être. Mais quelque chose par rapport à la religion, c'est très étrange parce que tout le monde est calme ici».

Une source policière tempère. «Le quartier de la Madeleine, c'est une grosse cité avec toutes ses déviances, de la radicalisation, des points de deal». Mais la communauté tchétchène, estimée à 200 personnes à La Madeleine sur 12 000 habitants, «ne pose pas de problème particulier», ajoute-t-elle.

Cette communauté s'inquiète désormais d'être victime de stigmatisation après l'attentat.

«Tous les Tchétchènes ne sont pas des terroristes», insiste un jeune du quartier. «Je ne sais pas ce qui lui est arrivé, il a dû être manipulé ou regarder trop de vidéos, mais ça n'a rien à voir avec notre communauté».

Dans le centre-ville d'Évreux, les drapeaux de l'Hôtel de Ville ont été mis en berne en hommage au professeur décapité.

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