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Préposées : personne n’écoute

Jocelyn Desaulniers

C’est sorti en fin de semaine passée : certaines recrues de la nouvelle cohorte de préposées qui viennent de terminer une formation accélérée semblent déçues des conditions de travail qui leur sont offertes. Le salaire n’est pas aussi bon que prévu, les horaires de travail sont horribles, le statut est précaire. Un peu comme si 10 000 personnes réalisaient toutes en même temps que ce que les préposées dénoncent depuis quinze ans est... réel...  

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Je suis certain que je ne suis pas le seul parmi les infirmières, préposées, enseignantes et enseignants de longue date à me réjouir un peu, quelque part dans mes tréfonds, de cette réalisation collective : nos emplois sont difficiles. 

Pas juste sur papier, dans les chroniques lumineuses de Lagacé, mais dans le vrai monde aussi. Ça fait des décennies que nos corps d’emploi respectifs essaient de percer l’opinion publique : il manque de ressources, nous sommes laissés à nous-mêmes, nos conditions de travail nous mènent directement au burn-out.

Et pourtant... on annonce une petite formation, et pouf : des milliers d’inscriptions en une semaine. Un peu comme si chaque participant pensait que ça serait différent pour lui... Après tout, il y allait pour aider... on prendrait soin de lui, on l’appuierait... C’est mal connaitre la machine. C’est aussi, et surtout, s’obstiner à ne pas entendre les appels à l’aide qui en émanent constamment depuis deux décennies. 

Mais pourquoi?   

Les milieux de la santé et de l’éducation ont ceci de particulier que pas mal toute la population y passe une certaine partie de sa vie. Ainsi, j’ai pour mon dire que chacun a, quelque part en lui, cette certitude qu’il comprend comment ça fonctionne. On ‘’sait’’ ce qui est bon pour notre enfant. On ‘’connait’’ notre corps. C’est un phénomène instinctif qui donne une impression de compétence à un peu tout le monde. Devenir préposée ? Infirmière ? Enseignante ? Pas de problème. 

Si on avait offert une formation accélérée pour construire, réparer et entretenir des avions de ligne, je ne suis pas certain que le projet aurait connu tant d’engouement. L’aéronautique est un domaine complexe; les conséquences d’une erreur peuvent être catastrophiques. On ne peut se permettre d’engager des gens mal préparés. C’est l’évidence. 

La même réflexion devrait aller de soi pour soigner, instruire et prendre soin d’un être humain. Mais non. Instinctivement, ça semble tout simple, à la portée de tous. Tellement simple qu’en éducation, certains Centres de services scolaires ont déjà commencé à recruter de nouveaux profs. Comme condition minimale d’emploi, on exige des candidats qu’ils aient terminé leur secondaire. Misère...

Jocelyn Desaulniers, enseignant

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