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Quel prix êtes-vous prêt à payer pour l’indépendance financière ?

Daniel Germain | Journal de Montréal

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Illustration Adobe Stock

Je n’ai pas lu le dernier livre de Pierre-Yves McSween (Liberté 45, Guy Saint-Jean Éditeur) ni celui de Jean-Sébastien Pilotte (La retraite à 40 ans, Les Éditions de l’Homme), tous les deux débarqués récemment en librairie.

Je n’ai aucun doute que ces bouquins consolideront la liberté financière de leur auteur, ce même objectif, justement, que le lecteur est convié à poursuivre.

Non, je ne boude pas devant un succès annoncé que je pourrais envier (on joue dans la même tale). Au contraire, je leur souhaite une belle place au palmarès à côté de Ricardo et de Ken Follet, ils font œuvre utile.

Il faut s’y prendre jeune, je suis trop vieux

C’est juste que j’arrive un peu tard. J’ai passé le cap des 45 ans depuis un certain temps déjà et je dois me rendre à l’évidence : j’ai raté la fenêtre d’opportunité, comme on dit. Et quand je regarde au-delà, je ne vois rien encore qui ressemble à la retraite ou à l’indépendance financière. Peut-être qu’avec des jumelles...

Pourtant, j’ai toujours bien gagné ma vie et j’ai investi mon argent à la Bourse. J’habite un logement acquis au prix de l’ancien temps, un privilège inouï.

Oui, d’accord, j’accumule sans doute plus rapidement des points sur ma carte Inspire que le client moyen de la SAQ et j’ai oublié à quoi ressemblait une circulaire d’épicerie.

D’un autre côté, je n’ai jamais possédé d’auto à part une Renault 5 durant six mois. Je ne voyage pas beaucoup, je n’abuse pas des restaurants et je sais cuisiner les lentilles et les pois chiches.

Ma blonde m’exhorte parfois à me lâcher un peu, c’est sa manière subtile de me dire qu’elle me trouve un brin gratteux.

Ah, je ne traîne pas de dettes ! J’ai de l’argent de côté aussi, mais toujours pas assez pour envoyer promener mon boss.

Alors, comment se libérer de l’obligation de travailler dans la fleur de l’âge ?

Le mouvement FIRE

Mes deux augustes collègues, particulièrement « le jeune retraité » Pilotte, s’inscrivent dans un courant qui gagne des adeptes depuis quelques années, le mouvement FIRE (Financial Independance, Retire Early : Indépendance financière, retraite précoce).

La doctrine FIRE m’est toujours apparue comme la branche ultra-orthodoxe de la finance personnelle. Elle préconise la frugalité, l’épargne extrême, la rupture au moins partielle avec la société de consommation, la recherche du petit bonheur vrai, la marche et les dominos.

On pourrait confondre l’approche FIRE avec la simplicité volontaire. Elle s’en démarque cependant du fait qu’elle invite ses adeptes à profiter du système, notamment par l’investissement agressif en Bourse, laquelle produit ses fruits aussi longtemps que l’économie roule, donc que la majorité consomme.

Des adhérents intenses

On peut adhérer plus ou moins à la philosophie FIRE, comme les fidèles avec leur religion. Les plus fervents ont quelque chose des sportifs de haut niveau, obsédés par l’idée de repousser sans cesse les limites. Au début, l’exploit était d’atteindre la retraite à 45 ans, la barre a ensuite été baissée à 40 ans, puis encore à 35 ans... On annoncera bientôt la naissance du premier nourrisson retraité.

Dans un groupe Facebook consacré à l’approche FIRE, un jeune homme s’est targué cette semaine d’avoir réglé en entier son hypothèque tout en ayant mis de côté de quoi combler ses besoins pour les 15 prochaines années. Je ne connais pas le prix de sa maison, remarquez, peut-être habite-t-il dans un trou perdu du Dakota du Sud... Euphorique, il invitait la communauté à lui fixer de nouveaux objectifs ! Il a 25 ans !

Dans ce genre de groupes, les gens partagent des tuyaux boursiers, discutent de la fiscalité au Panama et au Portugal, rivalisent d’ingéniosité pour réaliser des économies. Des membres cherchent aussi l’âme sœur, car, bien entendu, il n’y a souvent qu’un « FIRE » pour en endurer un autre.

Comme à l’épreuve du 100 mètres, on se dit qu’on finira bien par atteindre la limite du possible, on ne peut pas vivre 50 ans sur le produit de 15 ans de travail, à moins de gagner beaucoup d’argent, et encore, dès la sortie de l’école. Normalement, c’est plus tard dans la carrière, à l’âge où l’apôtre FIRE songe à se retirer, que les salaires commencent à devenir intéressants.

Je n’appartiens pas à cette confession, vous l’aurez compris, ses objectifs sont exagérément ambitieux pour mon style de vie, sinon irréalistes pour ceux qui gagnent peu d’argent.

Je n’adhère pas moins à cette idée générale qui veut qu’on s’épargne bien des problèmes en vivant en dessous de ses moyens. Pour le reste, faire un job qu’on aime, ça règle bien des choses. Surtout s’il est moindrement payant.