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En pleine épidémie, Shopify, l’anti-Amazon, affiche une santé éclatante

AFP

hands holding a credit card and using smart phone for online shopping

Photo Adobe Stock

La pandémie a forcé des milliers d’entreprises à se tourner vers le commerce en ligne pour survivre. Nombre d’entre elles sont passées par Shopify, une plateforme de commerce électronique canadienne au modèle opposé à Amazon, qui s’est imposée parmi les grands gagnants de la crise.

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Fondée il y a 15 ans à Ottawa, Shopify permet de créer un site de commerce électronique en quelques clics. Déjà en pleine croissance, avec plus d’un million de boutiques électroniques à la fin 2019, la plateforme a vu sa visibilité grimper depuis le début de la pandémie.

«Le monde du commerce tel qu’on pouvait l’imaginer en 2030 est devenu réalité en 2020», lance dans un entretien à l’AFP Harley Finkelstein, président de Shopify. «La COVID-19 a accéléré de manière permanente la croissance du e-commerce.»

Confinement oblige, le commerce en ligne a connu cette année un formidable boom. Les géants du secteur, Amazon en tête, ont vu leurs ventes exploser. En parallèle, de nombreux commerces, qui n’avaient pas encore de présence ou de canal direct de vente en ligne, ont sauté le pas pendant la pandémie.

Populaire chez les entrepreneurs, Shopify a ainsi vu le nombre de nouvelles boutiques créées sur sa plateforme bondir de 71% au second trimestre par rapport au précédent.

Tariq Al Barwani est l’un de ces nouveaux marchands de commerce électronique. Créateur de Plentea, un bar à thé à Toronto, il est resté ouvert en mars au début du confinement. Mais avec une poignée de clients par jour, la situation est vite devenue intenable, l’obligeant en mai à mettre la clé sous la porte.

Le même mois, soutenu par un programme de la municipalité aidant les petites entreprises touchées par la crise à se numériser, il ouvrait une boutique sur Shopify.

«Cela nous a pris une semaine», se rappelle-t-il depuis son salon, avec vue sur le lac Ontario, d’où il travaille désormais. «Si vous avez l’habitude d’aller sur internet, c’est facile à comprendre.»

Cofondée en 2006 par Tobias Lütke, un jeune Allemand — arrivé au Canada par amour — qui cherchait à vendre des snowboards sur internet, Shopify a bâti, loin de la Silicon Valley, un succès fulgurant.

Vantée pour sa simplicité, elle a vu le nombre de boutiques sur sa plateforme passer de 150 000 en 2014 à plus d’un million — dans 175 pays — en 2019, s’affirmant aux yeux de nombreux commerçants indépendants comme une alternative à Amazon.

«Pour que le commerce prospère, il doit être dans les mains du plus grand nombre, pas de quelques-uns», estime M. Finkelstein. «Il faut plus de petits commerces, plus de marques, plus d’entrepreneurs. Sinon, on va tous finir par se ressembler et acheter les mêmes produits.»

Armer les rebelles

Plus direct, M. Lütke précisait l’an passé sur Twitter: «Amazon essaie de bâtir un empire. Shopify essaie d’armer les rebelles.»

Quand ils ont créé leur ligne de vêtements en 2015, les Torontois de Kotn, une marque qui met l’accent sur la traçabilité, se sont lancés directement sur Shopify.

Avec 10 000 dollars en poche, ils ne pouvaient se permettre d’embaucher une agence. Et à la différence d’un marketplace comme Amazon, Shopify leur permettait de «raconter [leur] propre histoire» et de maîtriser leur relation avec leurs clients, explique à l’AFP Mackenzie Yeates, une cofondatrice.

Si elle vise d’abord les entrepreneurs, Shopify connaît aussi un succès croissant auprès de marques déjà établies, mais cherchant à se libérer de l’aspect technique et à créer, pour celles vendues via des intermédiaires, un lien direct avec leurs consommateurs.

Pepsi, Unilever ou Mondelez ont ainsi créé ces dernières années des boutiques sur Shopify. En plein confinement, le fabricant de ketchup Heinz et Lindt leur a emboîté le pas. Des célébrités comme Kylie Jenner ou Victoria Beckham l’utilisent pour vendre des produits à leurs fans.

Résultat: le volume de ventes gérées par la plateforme augmente trimestre après trimestre et, aux États-Unis, les commerçants de Shopify constituent désormais - s’ils formaient un seul bloc - le deuxième commerçant en ligne du pays, derrière Amazon.

Un succès qui fait tourner la tête des investisseurs. Sur les bourses de Toronto et de New York, le cours de Shopify a triplé depuis mars. Avec une capitalisation d’environ 170 milliards de dollars canadiens (110 milliards d’euros) à la mi-octobre, elle est récemment devenue l’entreprise canadienne la plus valorisée en bourse.

Si Shopify est «une fantastique société», Chris Silvestre, expert du commerce électronique à Toronto, juge son cours «surévalué», notamment parce qu’on ignore encore largement comment évoluera le secteur une fois la pandémie enrayée, dit-il.

Quant à M. Al Barwani, les ventes de sa boutique en ligne ont dépassé ses espérances, mais elles restent encore bien en deçà de son ancien bar à thé. S’il a été facile de lancer son site, créer une nouvelle clientèle prendra du temps, concède-t-il. Surtout, il va devoir s’habituer à sa nouvelle vie virtuelle.

«Mon bar me manque», dit-il. «C’était sympa de voir les gens du quartier passer dire bonjour, demander comment ça va, ce qu’on va faire ce week-end... Ce genre d’interactions, c’est dur à répliquer en ligne.»

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