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Finis les voyages et dîners d'affaires: la nouvelle vie de bureau des loups de Wall Street

Agence France-Presse

Daniel Alpert a participé en octobre à son premier déjeuner d'affaires en plus de six mois. Une incongruité pour ce banquier d'affaires habitué des dîners et autres banquets, mais qui révèle la «nouvelle vie» de bureau des courtiers et financiers à New York depuis l'arrivée de la pandémie de COVID-19 au printemps.

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C'était «en extérieur bien évidemment», insiste M. Alpert, associé à la banque d'investissement Westwood Capital.

Il est retourné au bureau depuis fin juin et s'y retrouve souvent seul. D'ordinaire une quinzaine de personnes travaillent dans les locaux, situés sur la célèbre 5e avenue à Manhattan, mais désormais tout ce monde fait du télétravail.

La productivité n'en a pas pour autant pâti, assure le financier. La firme a toutefois dû faire revenir récemment plusieurs personnes au bureau pour la conclusion d'une affaire importante. Ils ont déjeuné dans la salle de réunion.

«Dans certaines circonstances, on a besoin de pouvoir communiquer très rapidement», explique Daniel Alpert, ajoutant que le déjeuner avec l'équipe avait eu lieu en interne parce qu'«on se sentait à l'aise car on se connaît tous bien; on sait tous qu'on fait attention».

Garde d'enfants

Pour les quelques financiers de Wall Street qui sont retournés dans leurs tours, la vie au bureau a pris une nouvelle tournure.

Certains courtiers sont revenus dès fin mai sur le célèbre parquet du New York Stock Exchange, tandis que d'autres ont été encouragés par leur employeur à réoccuper les bureaux vers la fin de l'été.

JPMorgan Chase a demandé aux responsables de ses divisions de courtage et de ventes encore en télétravail de retourner au bureau à la mi-septembre, avec des exceptions pour raisons médicales ou de garde d'enfants. Mais seulement 20% des employés en moyenne se déplacent chaque jour, souvent en suivant une rotation.

Chez Goldman Sachs, près d'un tiers des salariés sont revenus.

Les rues entourant les grands établissements financiers, près de la gare de Grand Central ou dans le quartier de Wall Street, ne grouillent plus de courtiers portant une veste matelassée sans manches - un article prisé des financiers new-yorkais.

Dans une des salles de marchés de la banque française BNP Paribas à quelques minutes à pied de Times Square, le calme règne en ce jour ensoleillé du mois d'octobre. Assis devant leur ordinateur ou debout, une poignée de salariés discutent au milieu d'une rangée; les autres sont éparpillés sur de longues lignées de bureaux, tous séparés par des cloisons de plexiglas.

Des marquages au sol rappellent les distances à respecter, a observé une journaliste de l'AFP par vidéo interposée - les visiteurs étant interdits dans l'immeuble. L'entreprise a fait face à quelques cas de Covid dès mars. Elle tente de prendre toutes les précautions.

De nouveaux échanges

La banque accueille seulement 10% à 15% du personnel en moyenne chaque jour dans ces locaux, et notamment ceux dont la présence est considérée comme nécessaire. Le mot d'ordre ici est la flexibilité. 

«Nous essayons à plus long terme d'instaurer une nouvelle culture d'entreprise dans laquelle le travail à domicile sera présent», explique à l'AFP Kevin Abraszek, du service des ressources humaines. «La question reste de savoir dans quelle ampleur.»

Si les courtiers continuent à converser avec leurs clients par téléphone, courriels ou par des systèmes de messagerie interne sécurisés, en l'occurrence des terminaux spécialisés de l'agence d'informations financières Bloomberg, abécédaire des salles de marchés, les voyages ont quasiment disparu. 

Les financiers qui aident les entreprises à lever de l'argent auprès des marchés, via des émissions obligataires, ou à réaliser des fusions ou acquisitions d'autres sociétés ne se déplacent plus pour aller courtiser leurs clients.

«Ils avaient l'habitude de voyager beaucoup pour rencontrer les clients qui ne leur accordaient un mandat que s'ils venaient en personne», raconte Karl Haeling, lui-même financier chez la banque LBBW. 

D'après M. Haeling, qui fait du télétravail, les clients se sont adaptés et ne rechignent plus à s'attacher les services d'un banquier sans l'avoir rencontré physiquement.

De nouveaux échanges se sont développés, explique Karl Haeling. Il dit partager beaucoup plus d'informations avec ses collègues parce que le télétravail les a forcés à instaurer deux réunions quotidiennes au cours desquelles sont évoqués différents types de sujets allant des marchés à la politique en passant par le virus. 

Le secteur de la finance, un des principaux poumons économiques de la ville-qui-ne-dort-jamais, employait avant la pandémie directement 460.000 personnes à New York, selon l'organisation NYCEDC.