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De Mahomet en cours à la décapitation, retour sur les 11 jours qui ont conduit à la mort de Samuel Paty

Agence France-Presse

Samuel Paty a été décapité vendredi à Conflans-Saint-Honorine, près de Paris, par un Russe tchétchène de 18 ans pour avoir montré en classe des caricatures de Mahomet le 5 octobre. 

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Retour sur les 11 jours ayant conduit à l'assassinat de l'enseignant d'histoire-géographie, qui a provoqué une vague d'émotion et d'indignation en France, cinq ans après l'attentat contre l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo. 

Mahomet en cours    

Lundi 5 octobre. Samuel Paty fait cours à ses élèves de 4e au collège du Bois d'Aulne, un établissement scolaire réputé calme au coeur d'un quartier pavillonnaire de Conflans-Saint-Honorine.

Ce professeur d'histoire-géographie de 47 ans veut illustrer ses propos sur la liberté d'expression en montrant deux caricatures du prophète Mahomet publiées par l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo. 

La première est la une du journal publiée juste après l’attentat de janvier 2015, la seconde montre le prophète nu et accroupi avec une étoile sur les fesses, avec pour légende «Une étoile est née».

Selon plusieurs témoignages, l'enseignant demande auparavant aux enfants musulmans de sortir de la classe s'ils le souhaitent afin de ne pas être choqués par une caricature du prophète nu.

«Vous avez le nom du prof»   

Cette demande passe mal auprès de certains élèves et, par ricochets, certains parents.

Dès le lendemain, le 6 octobre, «une mère de famille contactait la principale en pleurs, lui rapportant que sa fille avait été "mise à l'écart" dans le couloir sous prétexte qu'elle était musulmane», selon une note des agents locaux du renseignement diffusée par les quotidiens Libération et Le Parisien. 

Le 7 octobre, toujours selon cette note, la principale du collège reçoit un courriel anonyme qui dénonce un «climat d'islamophobie» et accuse l'établissement de «diviser» dès «le plus jeune âge.» 

Le même jour, sur Facebook, un parent d'élève publie un message dans lequel il évoque un professeur qui «dit en se vantant à ma fille qu'il a participé à la marche de Charlie».

«Vous avez l'adresse et nom du professeur pour dire STOP», ajoute-t-il. Les autorités éducatives préciseront plus tard que la fille de ce père de famille n'était pas présente au cours du 5 octobre. 

Il se rend au collège, accompagné par le militant islamiste Abdelhakim Sefrioui. Il est reçu par la principale.

Plaintes réciproques   

Le 8 octobre, le père de famille diffuse sur Facebook une nouvelle vidéo mettant en cause le professeur et porte plainte au commissariat avec sa fille pour diffusion d'images pornographiques.

La vidéo prend de l'ampleur sur les réseaux sociaux et est partagée par de nombreux comptes, y compris par celui de la grande mosquée de Pantin (nord-est de Paris) qui reconnaîtra après coup «une maladresse». 

Quatre jours plus tard, le 12 octobre, Samuel Paty est convoqué au commissariat et porte plainte en retour contre le père de famille pour diffamation publique.

Une nouvelle vidéo prenant pour cible l'enseignant est diffusée le même jour sur YouTube. 

Tête coupée   

Vendredi 16 octobre. Samuel Paty quitte le collège pour rentrer chez lui. Il est tué près de l'établissement par Abdoullakh Anzorov, un Russe tchétchène de 18 ans, qui lui coupe la tête. 

À l'arrivée de la police, l'agresseur tire dans leur direction, les policiers ripostent et le tuent.

Dès le lendemain et pendant tout le week-end, des manifestations sont organisées dans toute la France, rassemblant plusieurs dizaines de milliers de personnes brandissant pour certaines des pancartes «Je suis Samuel».