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Une figure du milieu porno français accusée de «viol», «proxénétisme» et «traite d'être humain»

Agence France-Presse

Statue of justice

sebra - stock.adobe.com

Nouvelle incursion judiciaire dans le porno amateur en France: quelques mois après l'ouverture d'une enquête visant le site «Jacquie et Michel», quatre personnes ont été accusées dans une enquête distincte pour «viol, proxénétisme aggravé et traite d'être humain aggravée», parmi lesquels un producteur connu.

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Cinq suspects ont été interpellés le 13 octobre et placés en garde à vue dans les locaux de la section de recherches de la gendarmerie de Paris, chargée de l'enquête, a appris l'AFP lundi de source judiciaire.

Quatre de ces cinq personnes, parmi lesquelles l'acteur, réalisateur et producteur surnommé «Pascal OP», ont été présentées à un juge samedi, qui les a mises en examen pour «viol, proxénétisme aggravé et traite d'être humain aggravée», selon cette source.

«Pascal OP», placé depuis en détention provisoire, est aussi poursuivi pour «blanchiment de proxénétisme aggravé et blanchiment de fraude fiscale», ainsi que pour «travail dissimulé», a précisé une source proche du dossier.

«Pascal OP fait partie d'un circuit d'une quinzaine de producteurs qui alimente plusieurs plateformes de diffusion amateurs», parmi lesquels «Dorcel Vision» ou «Jacquie et Michel», explique à l'AFP le journaliste Robin D'Angelo, auteur d'un livre-enquête, «Judy, Lola, Sofia et moi» (Éditions Goutte d'Or), sur son infiltration dans l'industrie du porno amateur.

«Pascal OP» est connu pour sa plateforme de vidéos pornographiques «French Bukkake», où «il produit ses contenus qu'il va vendre, mais il peut aussi bosser comme cadreur, rabatteur d'actrice, ou producteur pour d'autres plateformes», selon ce journaliste.

Selon la source proche du dossier, cinq victimes potentielles ont été identifiées pour les faits de «viol, proxénétisme aggravé et traite d'être humain aggravée».

Parmi les quatre personnes présentées à un juge samedi, deux ont également été mises en examen pour «diffusion de l'enregistrement d'images relatives à la commission d'une atteinte volontaire à l'intégrité de la personne», selon la source judiciaire.

À l'issue des mises en examen, outre «Pascal OP», un autre individu a été placé en détention provisoire, tandis que les deux autres sont sous contrôle judiciaire.

Cette nouvelle affaire vient éclabousser un peu plus l'industrie pornographique française, alors qu'une enquête a été ouverte le 10 juillet pour «viols» et «proxénétisme» visant la production des vidéos du site «Jacquie et Michel», incarnation en France du porno amateur.

Dans ce dossier, trois associations féministes - Osez le féminisme, les Effronté-es et le mouvement du Nid - avaient effectué un signalement à la justice en février après la diffusion d'une vidéo par le site Konbini. 

Dans ce document intitulé «Les coulisses sordides du porno amateur», deux femmes témoignaient de pratiques sexuelles imposées contre leur volonté au cours de tournages.

Le mouvement du Nid de soutien «aux personnes en situation de prostitution» s'est réjoui «de ce qui pourrait marquer un tournant judiciaire face à l'impunité du "porno", qui est de la prostitution filmée».

«Nous espérons le début d'une réelle prise de conscience des violences perpétrées dans cette industrie», a dit dans un communiqué sa présidente Claire Quidet.

Pour l'association Les Effronté-e-s, «ces deux affaires, qui concernent des "grands noms" du milieu du porno, démontrent une réalité que la société ne peut plus refuser de voir : la pornographie est un système criminel et les actes qu'on y voit relèvent majoritairement du viol et de la torture».