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Un mégaménage, ça presse

Selon Sylvie Fréchette, un changement de culture s’impose

François-David Rouleau | Le Journal de Montréal

La championne olympique Sylvie Fréchette photographiée lors d’une prestation en 1991.

Photo d’archives

La championne olympique Sylvie Fréchette photographiée lors d’une prestation en 1991.

Sylvie Fréchette en a assez. Trop, c’est trop. Le problème de culture, profondément enraciné dans la natation artistique, a détruit trop d’athlètes depuis des décennies pour qu’elle le cache. Elle réclame un ménage en profondeur dans la direction nationale d’une discipline qui l’a couronnée championne olympique en 1992. 

En réponse aux allégations d’abus, de harcèlement, de violence psychologique et verbale qui ont miné l’équipe nationale depuis trop longtemps et qui ont été dévoilées au grand jour par Radio-Canada au début d’octobre, Fréchette souhaite ne plus revivre le jour de la marmotte. 

« Les choses ont beaucoup évolué dans la société. C’est fâchant de constater que c’est encore mon sport qui est pointé du doigt pour des problèmes récurrents », souligne celle qui a fondé son club de natation synchronisée à Saint-Jérôme il y a une dizaine d’années. 

Quel avenir ?

« Ce que je déplore, c’est que des plaintes soient déposées à répétition et que les mêmes personnes soient encore en place sans même sentir un changement. La culture doit changer pour éviter qu’on se retrouve devant cette même problématique dans quatre ans. Il faut aller au fond des choses et exiger des réponses. Ça prend un grand ménage. On ne peut plus continuer comme ça. » 

À la lecture des récits d’abus vécus par les athlètes, Fréchette s’est questionnée sur l’avenir de ce sport. Sans résultats probants à l’enquête externe en cours au sein de la formation nationale, combien d’athlètes seront brisés par le système pernicieux en place ? 

« Combien de générations seront “poquées” et éprouveront des problèmes en raison de cette culture ? s’interroge-t-elle. Je ne connais pas un athlète qui voudrait mettre la hache dans un programme à un an des Jeux olympiques, comme présentement. Ça en dit long sur la souffrance endurée pour en venir à ce point. »

En tant qu’entraîneuse, Fréchette sait bien que la génération actuelle d’athlètes est très différente de la sienne dans les années 1980 et 90. Elle estime néanmoins que tous les outils sont disponibles pour évoluer et diriger avec moralité et conscience. 

« Dans mes fonctions, je ne crie pas et je n’insulte pas mes athlètes. Il m’arrive de lever le ton comme tout entraîneur, mais pas de les engueuler. En remontant à l’époque d’il y a 10, 20 ou 30 ans, c’était par contre comme ça. Des mentalités évoluent, et d’autres non. » 

L’instructeur de la formation nationale sénior, le Hongrois Gabor Szauder, est pointé du doigt pour des abus de toutes sortes. L’ancienne entraîneuse Meng Chen aussi. Leurs méthodes ont blessé et brisé bon nombre d’athlètes qui ont récemment raconté leur histoire publiquement. 

« Il ne faut pas échapper des choses aussi fragiles. Des adultes ont été mis au fait de la situation et ils ont opté pour le silence. Mon cœur saigne », réagit Fréchette. 

Dans la quête de la réussite et du retour sur le chemin olympique, rien ne peut toutefois expliquer des comportements déviants, prévient la championne aux JO de Barcelone, en 1992. 

Sans prix

« Les coachs débarquent ici avec leurs bagages. Celui-ci n’excuse en rien leurs comportements. Je le dis et je l’écris en lettres majuscules. Quand on va ailleurs, on doit s’adapter aux cultures, aux mœurs et aux valeurs. » 

Fréchette nuance que les entraîneurs pointés du doigt n’ont pas commis que des gaffes, bien que celles-ci soient surlignées au marqueur rouge. Elle admet qu’ils ont fait de bons coups dans la piscine, mais que ceux-ci sont toutefois effacés par leurs écarts de conduite.

« On peut pousser et accompagner un athlète à se surpasser et à se défoncer, croit-elle. Mais ce doit être réalisé dans un environnement sain. » 

Tout est aussi une question de contexte. Dans sa carrière, son entraîneuse Julie Sauvé l’a poussée sans toujours mettre des gants blancs. Elle s’en souvient. Mais quand elle observe sa jeune Maya, 15 ans, qui se dirige vers l’élite en natation artistique, elle craint pour son avenir. 

« Chacune des filles dans l’équipe nationale est la prunelle des yeux et la poupoune de ses parents. On ne veut pas voir des adultes brisés par les problèmes qui sont tellement profonds. Ce système doit cesser et on doit trouver des solutions. »