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Des centaines de milliers de dollars en frais d'hôtel pour la Ville de Montréal après un incendie

Guillaume Cyr | 24 Heures

Courtoisie: Yvon Dinel

La Ville de Montréal a dû débourser des centaines de milliers de dollars depuis le printemps afin d'héberger dans des hôtels les occupants de 19 logements qui se sont retrouvés à la rue à la suite d'un incendie.

Le 7 avril, un incendie a éclaté dans le garage d’un bloc-appartements de l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville. Les flammes ont endommagé le système électrique, précipitant les locataires de 40 logements à la rue. Ils ont dû être hébergés à l'hôtel aux frais de l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM).

Or, près de 200 jours plus tard, les occupants de 19 logements sur 40 sont toujours hébergés à l’hôtel au coût de 111 $ à 121 $ par jour, a confirmé la chargée de communication pour l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville, Michèle Blais. Au bas mot, ces locataires auront donc coûté au moins 400 000 $ à la Ville depuis le sinistre.

«Depuis le 1er juillet, ces frais devraient normalement être payés par le propriétaire. Il a reçu un avis du Service de l’habitation (contresigné par l’arrondissement) à cet effet le 6 juillet», a expliqué Mme Blais.

Les autres occupants ont soit été relogés par l’OMHM dans des HLM s’ils étaient éligibles ou se sont pris un logement ailleurs.

Yvon Dinel, organisateur communautaire pour le comité logement d’Ahuntsic-Cartierville (CLAC), aimerait que la Ville et l’arrondissement se dotent d’une réglementation plus sévère pour éviter une telle situation.

«On n’a peur que le propriétaire profite du moment pour monter les loyers, qui sont plus bas que la moyenne, ou rénover les appartements pour les louer à bien meilleur prix», estime-t-il.

Sept mois dans une chambre d’hôtel

Dans une lettre destinée aux locataires, le propriétaire, Aldo Construction, leur a demandé de vider les pièces à la suite de l’incendie avant le 25 mai, en leur offrant une indemnité de départ, car l’appartement ne serait probablement pas habitable avant le 1er septembre, une option rejetée par plusieurs locataires.

Après plusieurs mois sans réparation par le propriétaire et l’implication de l’arrondissement, qui a adopté une résolution pour octroyer un contrat de 100 000 $ et amorcer les travaux, le propriétaire s’est résolu à réparer le système électrique au mois d’août.

Le propriétaire a même écopé le 24 septembre de près de 5000 $ en constats d’infraction.

Les locataires qui ont souhaité réintégrer leur appartement, après la réparation du système électrique, se sont cependant butés à des portes closes. Le Service incendie de Montréal (SIM) a réclamé une certification du système d'alarme incendie et que l’intégrité des murs coupe-feu soit remise en état avant de donner son feu vert, a écrit dans un courriel Mme Blais.

Abdoul Rehman n’est plus capable de vivre dans cette situation avec sa femme et leurs deux enfants et ne veut pas vivre tout cela jusqu’à Noël. «Il y a seulement un micro-ondes et un petit frigo. C’est insupportable», a-t-il lancé, exaspéré, n’ayant par ailleurs jamais parlé directement au propriétaire.

Même son de cloche pour Amadou Johnson qui trouve de plus en plus intolérable de devoir retourner à l’hôtel chaque soir. «Mes biens personnels sont encore là-bas», a-t-il souligné.

Rappelons que, selon le journal «Métro», un incendie avait été déclaré dans l'après-midi du 12 juillet 2017 à la même adresse, causant des dégâts estimés à 10 000 $.

Le propriétaire des appartements, Aldo Construction, n’a pas retourné nos appels.