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Il garde le cadavre de sa mère pendant six mois

Claudia Berthiaume | Journal de Montréal

Palais de justice de St-Jerome

Chantal Poirier / JdeM

Un joueur compulsif des Basses-Laurentides qui a conservé dans son lit la dépouille momifiée de sa mère pendant six mois, afin de continuer à toucher sa pension, a avoué hier avoir fait outrage à un cadavre.

Non, il ne s’agit pas du synopsis d’un épisode de l’émission District 31 ou d’un mauvais film d’horreur.

Coton dans la bouche, vêtue d’un habit de peintre, emballée dans une pellicule plastique et recouverte de ruban adhésif de type Duct-Tape, Wendy Cossette-Woodside n’a pas eu une sépulture digne de ce nom.

Son fils Richard Cossette l’a littéralement « momifiée » dans son propre lit soigneusement fait, où il l’a conservée pendant six mois, en maintenant la température de la pièce basse de façon à limiter la décomposition de la dépouille.

Et le mobile de ce crime rarissime : l’argent.

« C’est un manque de respect important vis-à-vis de votre mère. On ne fait pas ça à celle qui vous a donné la vie... la momifier. [...] Peu importe les raisons, ça dépasse l’entendement ! » a laissé tomber hier le juge Carol Richer, au palais de justice de Saint-Jérôme.

Le magistrat a semblé choqué par les détails de cette cause « très particulière », si bien qu’il a décrété une pause après avoir prononcé la sentence de Richard Cossette.

Les policiers ont découvert  le corps momifié de Wendy Cossette-Woodside le 15 janvier 2019 dans son logement de la 2<sup>e</sup> Avenue à Deux-Montagnes.

Photo d'archives, Agence QMI

Les policiers ont découvert le corps momifié de Wendy Cossette-Woodside le 15 janvier 2019 dans son logement de la 2e Avenue à Deux-Montagnes.

Il vend la mèche  

L’accusé de 49 ans s’est en quelque sorte dénoncé lui-même, selon ce qu’a relaté à la cour Me Stéphanie Gilbert, de l’aide juridique.

En janvier 2019, il a croisé son père par hasard et celui-ci lui a demandé comment se portait Mme Cossette-Woodside, de qui il était séparé.

La mère et son enfant unique vivaient ensemble depuis plus de 20 ans dans un demi-sous-sol de Deux-Montagnes.

Son fils lui a alors répondu que la dame de 71 ans était décédée dans son sommeil en juillet 2018... et qu’elle était toujours dans sa chambre à coucher. 

Le père, un policier de formation, a rapidement avisé les autorités de la situation.

L’enquête policière a permis de déterminer que l’aînée était décédée de cause naturelle, après avoir refusé d’être traitée pour un cancer.

Pas que de l’amour  

« Il n’y a pas eu de négligence envers madame, ni de maltraitance », a souligné Me Caroline Buist, de la Couronne, précisant que le fils était très proche de sa mère.

« Mais ce n’est pas juste par amour qu’il a fait ça, a ajouté la procureure. Il avait le désir de demeurer seul à la maison, oisif, en écoutant des émissions sportives à la télévision pour parier ensuite. »

C’est que depuis le tout début de l’âge adulte, Richard Cossette subvient à ses besoins grâce à l’aide sociale et à l’argent qu’il gagne sur la plateforme Mise-O-Jeu de Loto-Québec.

En ne signalant pas le décès de sa mère, il a ainsi continué à recevoir les chèques de rente de celle-ci, estimés à environ 1500 $ par mois. 

Questionné par le tribunal hier, il a juré avoir agi de la sorte par crainte de se faire expulser de son logement, puisque seul le nom de sa mère figurait sur le bail.

« Si je perds mon loyer, je perds tout. Ça aurait été pire que ce qui m’arrive en ce moment [le processus criminel]. [...] Mettez-vous à ma place, vous n’auriez pas pris une décision qui vous aurait mis à la rue », a laissé tomber l’accusé.

Le juge Richer n’a pas semblé convaincu par cette explication, surtout que l’accusé demeure toujours dans ce logement, près de deux ans plus tard.

Il a tout de même agréé à la suggestion de sentence des avocates.

Travaux communautaires  

Après avoir plaidé coupable à un chef d’outrage à un cadavre, Richard Cossette a été condamné à une probation de trois ans, assortie de 240 heures de travaux communautaires.

Le magistrat lui a aussi ordonné de « faire des efforts raisonnables pour se trouver un emploi » et sortir de chez lui, ce qui sera beaucoup plus dissuasif pour cet ermite que de l’envoyer en prison.

- Avec la collaboration de Christian Plouffe

« Sa vie est axée sur le jeu et l’argent. Il certifie n’avoir aucun autre besoin, puisque l’argent peut tout lui procurer, qu’il peut même acheter l’amour et qu’il place l’argent d’ailleurs en priorité au-dessus de la santé. »

« Il ne verbalisa jamais [...] s’ennuyer d’elle malgré qu’il s’agissait de la seule personne présente pour lui depuis des années. Il mentionnait plutôt s’être senti soulagé à sa mort, puisqu’il trouvait ardu de devoir s’occuper d’elle à temps plein. »

« Pour lui, un corps mort ne ressent plus rien et puisqu’il n’a pas commis de geste de violence à l’égard du corps, il ne mérite pas d’être puni. »

« Monsieur est pourtant intelligent et [... va] même jusqu’à dire qu’il sait que son profil pourrait s’apparenter à celui de la plupart des tueurs en série. »

Extraits du rapport de la criminologue Marie-Pierre Houde, qui a évalué Richard Cossette