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Les SWAT teams arrivent en retard dans les CHSLD, selon des médecins spécialistes

Charles Lecavalier | Journal de Québec et Élisa Cloutier | Journal de Montréal

La deuxième vague d’éclosions qui est bien entamée dans les CHSLD du Québec était prévisible et la pente est pratiquement insurmontable en raison du grave problème de pénurie de main-d’œuvre.

C’est du moins ce qu’estime le Dr Serge Brazeau, président de l’Association des médecins gériatres du Québec, qui faisait partie du comité gouvernemental sur les CHSLD lors de la première vague, au printemps.

Ainsi, les équipes-chocs envoyées dans les établissements aux prises avec d’importantes éclosions de coronavirus seront «rapidement insuffisantes», estime-t-il.

«Ce que je dis souvent aux gens, c’est que c’est [la pénurie de main-d’œuvre] pire que ce que vous pensez. Les solutions sont très difficiles et le retard est là depuis une cinquantaine d’années [...]», a déploré le Dr Brazeau.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a annoncé, jeudi, que les CHSLD de Lambton en Estrie, du Fargy à Québec, Isidore-Gauthier à Saguenay et Sainte-Croix en Montérégie recevront la visite de ces équipes «SWAT».

En point de presse, le ministre Dubé a admis qu’il était «responsable» de la situation. «Je dors très mal ces temps-ci. [...] Puis je peux vous dire que je vais m’assurer qu’on va rester en contrôle», a-t-il indiqué.

Problème «sous-estimé»

  

Selon le Dr Brazeau, ces équipes serviront surtout à documenter davantage le problème que «tout le monde a sous-estimé».

«Ils vont être pris [les équipes-chocs], comme les militaires l’ont vu, à constater le manque important de personnel», a-t-il critiqué. «Je comprends le gouvernement d’être mal pris, c’est vraiment très difficile, on est coincés de tous les côtés», a ajouté le médecin gériatre.

D’autres médecins gériatres abondent dans le même sens. Ils estiment que l’arrivée de ces équipes est trop peu trop tard.

«L’envoi de SWAT Teams en CHSLD alors qu’il y a plus de 50 % des résidents atteints est tout simplement trop tardif. Nous n’avons pas attendu d’avoir les hôpitaux pleins pour prendre des mesures vigoureuses dans la population. Ça devrait être idem pour nos aînés», a déploré le Dr Quoc Dinh Nguyen, gériatre au CHUM.

  

Pour le Dr David Lussier, gériatre à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, la situation actuelle n’est pas excusable.

«Un CHSLD infecté à 50 %, il n’y a plus d’excuses pour que ça arrive maintenant. On a fait des erreurs au printemps, mais on sait ce qu’il faut faire maintenant», a-t-il indiqué.

  

Éclosion incontrôlable

Au CHSLD du Fargy, à Québec, où au moins 69 % des résidents ont contracté le virus, des proches de résidents affirment être préoccupés par la situation, sans toutefois blâmer le personnel.

«Ce n’est vraiment plus contrôlable, je n’ai pas vu de diminution depuis le début octobre», s'est désolé Francis Roy, dont la conjointe, âgée de 85 ans, est atteinte de la COVID-19 depuis vendredi.