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Moratoire sur la chasse à l'orignal: les points de contrôle continuent

Cédérick Caron | Journal de Montréal

CAPTURE D'ÉCRAN, COURTOISIE CHGA FM

Une communauté anishnabe en Outaouais a érigé jeudi un point de contrôle qui ravive les craintes des dernières semaines entre les Premières Nations et les chasseurs à la veille d’une réunion avec le ministre des Affaires autochtones.

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«Le barrage a été fait aux limites de nos deux territoires. [...] Ils nous prennent en otage», déplore Francine Fortin, mairesse de Maniwaki. 

Le point de contrôle de la communauté anishnabe a été placé sur la route principale du secteur empêchant à certains moments les gens de rentrer à Maniwaki par le sud. 

Ce barrage se veut un rappel de la demande du moratoire de 5 ans sur la chasse sportive à l’orignal ainsi qu’un appui aux pêcheurs micmacs des Maritimes qui ont été la cible de vandalisme et de propos racistes parce qu’ils peuvent récolter des prises hors saison pour leur subsistance.

Certains protesteraient aussi contre le décès de Joyce Echaquan de la communauté attikamek de Manawan qui est décédée à la fin septembre après avoir été la cible de commentaires racistes d’une infirmière et d’une préposée aux bénéficiaires au Centre hospitalier de Lanaudière.

Attention à la tension

«Nous avions été avertis jeudi soir qu’ils devaient manifester pacifiquement, pas bloquer la circulation. [...] Je sais que certains de mes commerçants n’ont pas reçu leurs livraisons parce que les camions ont rebroussé chemin», soutient la mairesse qui craint qu’une tension s’installe dans la municipalité qui compte un peu plus de 3800 âmes, située à environ 90 minutes au nord d’Ottawa.   

Elle espère que le nouveau ministre aux Affaires autochtones, Ian Lafrenière, pourra aider à amenuiser ses craintes. 

«Le gouvernement doit faire quelque chose pour éviter une escalade. Il n’y a jamais eu de tension entre nos deux communautés qui se sont toujours côtoyées dans le respect et l’harmonie. Il ne faudrait pas que d’autres gestes de la sorte viennent défaire ce sentiment dans la population», souhaite Mme Fortin qui a passé pratiquement toute sa vie à Maniwaki. 

Du côté du cabinet du ministre, on indique que ce dernier a été en communication avec le chef de Kitigan Zibi, Dylan Whiteduck. Ce dernier l’aurait assuré que la route n’était pas bloquée, mais qu’il y avait un ralentissement afin de sensibiliser la population à divers enjeux autochtones. 

M. Whiteduck n’avait pas rappelé Le Journal de Montréal en fin de journée. Dans une entrevue accordée la veille au sujet des actions dans la réserve faunique de La Vérendrye, le chef disait que toute la nation Anishnabe était fière d’eux.

Craintes dans les Laurentides

Même si les nombreux points de contrôle qui avaient été érigés pendant trois semaines sont levés depuis dimanche soir dans la réserve faunique de La Vérendrye, des propriétaires de pourvoirie demeurent craintifs. 

C’est le cas de Serge Danys, copropriétaire du Domaine Shannon, à qui on a dit que l’endroit pourrait être incendié. 

«Je sais que c’est quelques individus et non la communauté qui est derrière cette menace. On est partis en installant des caméras. Si quelque chose arrive, on va voir des numéros de plaque ou des visages.» 

De son côté, Sophie Rousseau, du pavillon Wapus, affirme qu’ils n’ont ni les moyens ni le désir de revivre une telle crise. «Le stress que nous avons vécu et que nous continuons à vivre est insupportable. [...] Le gouvernement a la responsabilité de trouver un accord et de maintenir l’ordre. Les autochtones ne doivent pas sentir le besoin d’effectuer de tels barrages afin de se faire entendre et nous n’avons pas à subir un tel sort.» 

Une rencontre entre le ministre Lafrenière et les chefs de la nation Anishnabe est prévue pour vendredi.