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PSPP et le retour du national

Antoine Robitaille | Agence QMI

Depuis longtemps, ce qui est international a la cote chez nous.

Tout festival se veut «international», parfois jusqu'à la caricature. Tout jeune ou presque rêve à une carrière «internationale».

Jadis, dans le monde de l'éducation, tout ce qui est était étiqueté «classique» brillait.

De nos jours, il n'y a rien comme un diplôme qui comprend le fameux vocable: baccalauréat «international»; études «internationales», etc.

Ouverture sur le monde

La valeur cardinale enseignée dans notre système scolaire et dans nos entreprises est à l'avenant: «l'ouverture sur le monde».

Je me souviens d'une activité de rentrée à l'école de mes enfants il y a quelques années où chaque classe avait «adopté» un pays. La cour d'école, transformée en forêt de drapeaux, ressemblait aux jardins de l'ONU. (Mais de groupe arborant le drapeau du Québec, il n'y avait point...)

On ne peut assurément pas, de manière absolue, condamner cette tendance. Elle comporte une saine incitation à la curiosité, au dépaysement.

«Les voyages forment la jeunesse», comme le dit le vieil adage qui revient à l'esprit du mononc (que je deviens chaque jour de plus en plus et qui s'assume).

Fermeture

L'ennui, c'est que cette «ouverture» a été souvent comprise comme une incitation à négliger nos réalités nationales, voire à s'y fermer. À se désintéresser de «nous».

Dans les facultés de science politique à l'université, par exemple, les cours non obligatoires sur la politique «nationale» — québécoise et canadienne— sont paraît-il, désertés. Font bâiller les étudiants. On se rue sur ceux ayant des dimensions «internationales».

PSPP

Le parcours du nouveau chef du Parti québécois, Paul St-Pierre-Plamondon (PSPP), est l'incarnation parfaite de cette vogue «internationaliste». (L'espace nous manque pour explorer une tendance sœur, le sans-frontiérisme.)

PSPP eut une formation de citoyen du monde: il a étudié en Angleterre, en Norvège, entre autres. Comme jeune avocat, il plaida en Bolivie et ailleurs.

Pourtant, le voilà au début de la quarantaine qui s'engage dans une carrière à l'échelon national; et même de diriger un parti fatigué qui veut l'indépendance du Québec.

Paradoxe? Il faut dire que les grands souverainistes ont souvent été de vrais passionnés de relations internationales: René Lévesque, Claude Morin, Louise Beaudoin, Jacques Parizeau, Bernard Landry, etc.

À Qub récemment, j'ai abordé la question avec PSPP. Sa réponse: «Ceux qui se disent ouverts sur le monde et en même temps maudissent — ou sont méprisants envers— la préservation de la diversité culturelle du monde, sont des gens qui n’ont pas voyagé pour la peine».

À ses yeux, quiconque «voyage pour la peine» a de bonnes chances de devenir souverainiste, puisqu'il rentre chez soi, apprécie le Québec, mais découvre qu'il est privé des attributs «normaux» de la plupart des nations.

Je suis loin d'être certain que le phénomène est automatique. Mais j'ai aussi déjà observé, chez de grands voyageurs, qu'«un peu d'international éloigne de la nation alors que beaucoup y ramène».

Sans compter qu'avec la situation actuelle, avec les conséquences de la pandémie, on n'a pas le choix de redécouvrir les vertus du «local» et d'une certaine «démondialisation».