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«La pandémie pèse lourd sur les enseignants»

Catherine Boucher | TVA Nouvelles

Des chercheurs de l'Université du Québec à Rimouski ont établi que 14% des professeurs songent à abandonner la profession, soit une augmentation d’environ 10% par rapport aux années précédentes.

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Depuis le début de la crise sanitaire, les études ont surtout porté sur les répercussions auprès des étudiants. Cette nouvelle étude, réalisée Catherine Beaudry et Frédéric Deschenaux, démontre que la majorité des enseignants sont à bout souffle avant même la moitié de l'année scolaire en cours.

«Les personnes qui sont en télétravail sont isolées. Il faut se préoccuper de ces personnes-là. Il faut établir un contact avec elles, ne pas les laisser s'isoler et s'assurer que les directions d'école puis les collègues puissent être mis en contact et maintenir des liens», a expliqué la Pr Beaudry, professeure en gestion des ressources humaines à l'UQAR.

Parmi les 1683 répondants à l'emploi d'un centre de services scolaires ou d'une école privée, plus de 45 % ont affirmé que leur charge de travail a augmenté depuis le début de la pandémie. Près de la moitié ont observé une dégradation de leur santé mentale.

«Il y a une augmentation et il y a fort à parier que si on refaisait l'étude aujourd'hui, l'augmentation serait encore plus grande puisqu'on vit depuis un certain temps les impacts de la pandémie dans les milieux scolaires. C'est un bon prédicteur du roulement potentiel et plus le temps avance et plus les risques sont élevés parce que les conditions difficiles de travail perdurent en raison de la pandémie. Elles étaient là aussi avant la pandémie donc c'est comme si elles sont amplifiées maintenant, ce qui accroît ce désir de quitter la profession», a souligné Mme Beaudry.

Les résultats font aussi écho au manque d'encadrement dénoncé par plusieurs répondants: 77% ont affirmé ne pas avoir reçu de formation en télétravail et 80 % avouent détenir seulement partiellement ou pas du tout les compétences requises pour effectuer des tâches en mode non présentiel.

«On le comprend, puisque c'est arrivé très rapidement. Cependant, le temps avance, on sait que les situations de télétravail vont revenir dans le temps, il y a des classes qui vont fermer en raison des cas de COVID-19. Il faut donc penser de toute urgence à mettre en place des formations pour les enseignants et qu'elles soient vraiment adaptées à leur pratique», a-t-elle poursuivi.

Le président du syndicat de l'enseignement de la Mitis, Gerry Lavoie, constate que la fatigue se fait sentir de manière généralisée auprès du personnel enseignant.

Selon lui, un plan d'action aurait dû être mis en place bien avant la deuxième vague pour être bien préparé à affronter cette année scolaire particulière. Il croit aussi que la rentrée aurait dû être retardée de quelques jours, le temps de s'assurer que les enseignants soient davantage préparés.

«On est en retard à ce niveau-là et on aurait dû prendre le temps de le faire. Je pense qu'une fois que les écoles étaient déjà organisées avec les écoles à l'intérieur, on aurait dû mettre du matériel informatique devant tous les enfants, le même matériel avec l'enseignant et pratiquer un peu avec nos jeunes enfants pour être capable de comprendre comment ça fonctionne ces affaires-là», a soutenu Gerry Lavoie.

Il a ajouté que le manque d'effectif complique la situation, bien qu'il s’agit d'un problème qui précède l’arrivée de la pandémie.

«Le cœur est encore là, mais si la santé, le physique ou le moral ne suit plus, ça devient dangereux. Des journées pédagogiques il faut en faire de plus pour en arriver à donner un peu de répit. Même si ça enlevait quelques jours dans l'année scolaire ce serait bien », a-t-il conclu.