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Référendum de 1995: Il y a 25 ans, l’avenir du pays était en jeu

TVA Nouvelles

C’était il y a de cela 25 ans. Le 30 octobre 1995, le camp du «Non» venait de l'emporter avec 50,6 % des voix. Un vote serré comme on n’en a jamais vu, pour un tel enjeu. 

Jamais, peut-être, a-t-on connu une campagne aussi émotive au pays, alors que l'avenir même du Canada était en jeu et que le résultat fut des plus serrés.

Les fédéralistes ont triomphé des souverainistes par à peine 54,000 voix de majorité.

«Une période extrêmement difficile», se remémore Eddie Goldbenberg, un proche conseiller de Jean Chrétien à l’époque. Ce dernier avait écrit un discours pour le premier ministre canadien, en cas d'une défaite du «Oui».

«Si le "Oui" avait gagné, ça aurait créé une incertitude extraordinaire dans la population. Je sais ce que le premier ministre Chrétien aurait fait: il aurait déclenché rapidement un référendum, par loi fédérale, qui aurait posé une question claire, pas une question tricheuse», avance M. Goldbenberg.

«Voulez-vous vous séparer, oui ou non», aurait été cette question, ajoute-t-il.

Si une victoire des souverainistes paraissait bien improbable en début de campagne, la donne a grandement changé dans les deux semaines avant le vote.

Lucien Bouchard a remplacé Jacques Parizeau comme principal porte-parole du «Oui», donnant toute une frousse aux fédéralistes. Sheila Copps était alors vice-première ministre canadienne.

«Il y avait une réunion du caucus où l'on voyait des chiffres vraiment désastreux», raconte-t-elle.

Selon Mme Copps, la grosse erreur du camp du «Non» a été de garder Jean Chrétien et ses ministres non Québécois en dehors de la campagne au Québec, jusqu'à ce qu'il soit presque trop tard pour l'option fédéraliste.

«Ça donnait une impression, surtout avec les gens qui demeuraient en région, que le reste du Canada s'en foutait, parce qu'on ne voyait personne. Personne n'a rien dit, même le premier ministre dans le temps, monsieur Chrétien, s'est fait dire: "Restez à l'extérieur, parce que les Québécois ne vous aiment pas trop"», poursuit-elle.

De son côté, l'ex-ministre péquiste Guy Chevrette affirme que le camp du «Oui» croyait l'emporter. 

Mais selon Mario Dumont, qui était un des trois leaders souverainistes, c'est le départ des Nordiques de Québec, cinq mois avant le vote, qui a fait la différence.

«Qu'on me raconte n'importe quoi, tu es au PQ, tu es dans l'année d'un référendum, tu as une équipe qui joue avec la fleur de lys, dans la région de Québec, qui joue avec la fleur de lys sur son chandail: tu ne perds pas cette équipe-là», affirme l’ex-chef de l’ADQ, qui croit qu’il s’agit d’une erreur stratégique majeure du gouvernement péquiste.

Or, Gilles Duceppe n'est pas de cet avis.

«Par tranche d'âge, les gens habitant à Québec ont voté de la même façon que les mêmes tranches d'âge à travers le Québec. Or, il y avait plus de gens âgés à Québec, ce qui explique que ça a été à 53%, de mémoire, à Québec», explique l’ex-chef bloquiste.

Guy Chevrette, lui, maintient que la défaite est attribuable à des dépenses illégales du camp du «Non», notamment avec le grand rassemblement de Montréal, trois jours avant le vote.

«On a volé le référendum. On savait, par exemple, que le fédéral [octroyait] de l'argent», laisse-t-il entendre.

Mais les fédéralistes persistent et signent: ils étaient dans leur droit.

«Le Canada n'est pas un pays, sans le Québec. Et on peut avoir un mot à dire, dans un divorce! C'est un peu ça», analyse Sheila Copps.

Comme quoi le débat continue, un quart de siècle plus tard.