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La femme qui fait trembler l’homme le plus riche au monde

Francis Halin | Journal de Montréal

Stacy Mitchell, codirectrice de l’Institute for Local Self-Reliance, un organisme qui milite pour l’économie locale, est d’avis qu’Amazon doit être démantelée avant que l’entreprise ne mette à terre l’économie locale américaine.

Photo courtoisie

Stacy Mitchell, codirectrice de l’Institute for Local Self-Reliance, un organisme qui milite pour l’économie locale, est d’avis qu’Amazon doit être démantelée avant que l’entreprise ne mette à terre l’économie locale américaine.

Une chercheuse du Maine fait trembler l’empire de l’homme le plus riche au monde en dévoilant les tactiques commerciales d’Amazon, qu’elle accuse de tuer à petit feu l’économie locale américaine.

« C’est dangereux parce qu’ils ont beaucoup d’influence politique », lance au bout du fil d’une voix douce Stacy Mitchell, codirectrice de l’Institute for Local Self-Reliance, un organisme américain qui défend l’économie locale, contre Jeff Bezos.

Ces dernières années, la chercheuse, qui a son bureau à Portland, a su ébranler les colonnes du temple d’Amazon à coup d’analyses explosives, qui ont éclaté avec fracas tant au Congrès américain que dans les médias.

« Abusives », « dangereuses », « prédatrices »... les mots employés par Stacy Mitchell pour qualifier les tactiques commerciales d’Amazon sont durs, aussi puissants qu’est le géant américain du commerce en ligne face aux plus petits.

Jeff Bezos, propriétaire d'Amazon

Photo AFP

Jeff Bezos, propriétaire d'Amazon

Au cœur de sa critique, elle dénonce que des pans complets de la politique américaine soient en voie d’être privatisés par Amazon et son propriétaire, Jeff Bezos, qui est devenu le premier trillionnaire de l’Histoire.

« Ils fournissent l’infonuagique pour la Central Intelligence Agency [CIA]. Ils décrochent d’autres contrats gouvernementaux. Ils fournissent les biens du gouvernement. Ils font beaucoup de lobbying à Washington. Ils ont décidé d’avoir leur deuxième siège social là-bas pour avoir plus d’influence dans la capitale. C’est très dérangeant et inquiétant de voir une compagnie avec autant de pouvoir pour la démocratie », déplore-t-elle.

Comme un gouvernement

D’après elle, Amazon dicte carrément les lois du commerce à la place de l’État, un peu comme le faisaient à une certaine époque les entreprises de chemins de fer. Le marché libre a cédé la place à une arène contrôlée par Amazon, où l’entreprise est juge et arbitre.

« Comme les chemins de fer l’ont fait il y a 120 ans, Amazon utilise son pouvoir pour saper les plus petites entreprises en leur facturant des frais exorbitants, en les espionnant, en volant leurs idées ou même en fermant parfois leur compte en pleine nuit », soutient-elle.

Pire encore, selon elle, Amazon contrôle tellement de secteurs d’activité qu’elle parvient à remplacer l’État. « Amazon est devenue un gouvernement privé, qui n’a pas de compte à rendre », avance-t-elle.

Amazon a vendu pour 3 milliards $ US de livres à perte pour écraser les petites librairies et elle a brûlé 200 millions $ US en un seul mois pour mettre à mal une entreprise de couches en ligne qui prenait trop de place à son goût, souligne Stacy Mitchell.

« Aux États-Unis, Amazon accapare près de 50 % des ventes en ligne. En raison de son programme Prime, plus de 60 % des gens commencent leur recherche de produits avec Amazon, alors qu’avant, ils passaient par Google et pouvaient tomber sur des entreprises locales », regrette-t-elle.

Résultat, les autres détaillants n’ont souvent plus d’autre choix que de passer par Amazon pour vendre leurs produits, et c’est elle qui dicte les règles du jeu.

Amazon héberge la moitié des sites web au monde, son infrastructure postale veut battre le système postal américain, l’entreprise est dans l’emballage, la santé, les finances, les films, les émissions de télévision et la surveillance.

Quand on lui demande ce qu’elle pense d’Investissement Québec, qui aide les entreprises québécoises à vendre sur Amazon avec des rencontres, Stacy Mitchell prend une respiration avant de répondre.

« Quand les gouvernements locaux encouragent cela, on tue les emplois, les impôts et la personnalité de la communauté. C’est dur de comprendre leur façon de penser et pourquoi ils ne voient pas la menace », conclut-elle.


À la mi-octobre, la société spatiale de Jeff Bezos, Blue Origin, a de nouveau réussi un vol, ce qui ouvre la porte au tourisme spatial pour le milliardaire.