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La transmission des ITS repart au galop

Étienne Paré | Agence QMI

STEVE MADDEN/AGENCE QMI

Après avoir chuté pendant la première vague, le nombre de cas d’infections transmises sexuellement (ITS) est reparti à la hausse dans les dernières semaines.

La reprise de cette autre épidémie laisse donc croire que les mesures sanitaires sont plus ou moins respectées en cette deuxième vague, dans la sphère de l’intimité du moins, constate la Dre Élise Sasseville.

«Personne n’est parfait. On peut comprendre qu’il y a beaucoup de gens isolés qui ont besoin de contacts humains», relativise cependant celle qui pratique à la Clinique de médecine urbaine du Quartier latin, un endroit spécialisé dans le dépistage et le traitement de ce genre de maladies.

Lors du premier confinement, l’achalandage avait drastiquement diminué dans cette clinique du centre-ville de Montréal, une accalmie qui a perduré jusqu’en mai, selon la Dre Sasseville.

Or, depuis quelques mois, le nombre de diagnostics de gonorrhée et chlamydia, les deux ITS les moins graves et les plus courantes, serait revenu à son niveau d’avant-pandémie.

Syphilis

Plus inquiétant encore: on note depuis quelques semaines une croissance de la syphilis, cette ITS qui était pratiquement éradiquée il y a 20 ans, mais qui fait un retour en force depuis quelques années.

«Dans la dernière semaine, j’en ai diagnostiqué trois, alors que d’habitude, la moyenne, c’est une aux deux semaines», a illustré la Dre Sasseville, qui reste quand même prudente avant de parler de véritable tendance.

«C’est peut-être aussi que plus de personnes ne sont pas allées se faire dépister au début de la pandémie», a poursuivi la médecin généraliste.

Peu importe, Élise Sasseville s’inquiète d’une poussée de la syphilis, rappelant que cette ITS est hyper contagieuse, pouvant se transmettre même quand il n’y a pas de «relation sexuelle complète».

Apparaissant dans un premier temps sous la forme d’un ulcère sur la partie du corps infectée, le chancre disparaît de lui-même peu de temps après, mais la syphilis reste présente dans l’organisme. Si elle n’est traitée d’ici là, la maladie peut se manifester à nouveau, des années plus tard, et engendrer cette fois des conséquences beaucoup plus néfastes.

La bactérie risque de s’attaquer au cerveau, au cœur, aux os, entre autres, et même d’engendrer la mort. Depuis sa résurgence, la majorité des personnes touchées étaient des hommes gais, mais les hétérosexuels ne sont pas à l’abri non plus, prévient Dre Sasseville.

«J’ai eu deux cas chez des filles cet été, alors que je dois en avoir eu deux dans les six dernières années, je crois. Mais difficile de dire si c’est un hasard», a-t-elle souligné.

Asymptomatiques

Face à cette situation préoccupante, la Dre Sasseville a hâte que la pandémie se résorbe et que les examens de routine puissent reprendre comme à la normale à la clinique.

«À cause des mesures sanitaires, nos patients asymptomatiques nous disent souvent qu’ils ont dû téléphoner à beaucoup d’endroits avant de trouver une clinique. Pourtant, c’est très important de dépister les gens qui n’ont pas de symptômes, comme la chlamydia est le plus souvent asymptomatique», a insisté la docteure.

Chlamydia, gonorrhée, syphilis: les ITS les plus répandues se guérissent en général très rapidement grâce à la prise de médicament.

Par contre, les spécialistes remarquent que de plus en plus de cas de patients développent une résistance aux antibiotiques pour la gonorrhée.

«Plus une bactérie est exposée à un antibiotique, plus il va muter. C’est inquiétant, mais pour l’instant, ça reste rare et on a toujours été capable de traiter la gonorrhée quand même», a tenu à rassurer la Dre Élise Sasseville.