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Restauration : recrutement difficile malgré la pandémie

Étienne Paré | Agence QMI

COURTOISIE

La seconde vague a beau avoir mis beaucoup de travailleurs de l’industrie de la restauration au chômage, les restos qui sont demeurés ouverts pour les commandes à emporter ont toutes les difficultés du monde à recruter de nouveaux employés.

«Je pensais avoir plein d’offres, mais les gens préfèrent rester au chômage», constate avec étonnement Ilene Polansky, propriétaire du Maestro SVP, un restaurant de fruits de mer haut de gamme du boulevard Saint-Laurent, à Montréal.

À la recherche d’un cuisinier d’expérience, Mme Polansky ne voit pas autre chose que la récente bonification de l’assurance-emploi pour expliquer cette situation.

Bien que la généreuse Prestation canadienne d’urgence (PCU) n’existe plus, le gouvernent fédéral a assoupli les règles d’admission à l’assurance-emploi, afin que personne ne soit mis de côté. Désormais, il ne suffit que d’avoir travaillé 120 heures dans la dernière année, et non plus 420, pour avoir droit à une prestation de 500 $ par semaine pendant 26 semaines.

Dure période

En ces temps difficiles, peu de restaurateurs sont en mesure d’offrir des salaires assez élevés pour convaincre des travailleurs au chômage de revenir en cuisine.

«C’est "tough". Entre janvier et octobre, j’ai des pertes de 70 % par rapport à l’an dernier. Comparativement à la première vague, on fait beaucoup moins de "take-out" maintenant, environ 50 % de moins», a confié Ilene Polansky, qui ne cherche pas un nouveau cuistot parce qu’elle est débordée, mais bien parce qu’elle pense que cette période d’accalmie est le bon moment pour former la relève.

Primes dans la restauration rapide

Dans le domaine de la restauration rapide, où les salaires étaient cependant beaucoup plus bas, c’est une tout autre histoire. L’achalandage n’ayant pas diminué de manière drastique malgré la deuxième vague, certains employeurs ont pu rendre leur offre d’emploi plus alléchante afin de combler le besoin criant de main-d’œuvre.

Au Mr Puffs de Saint-Léonard, les futurs employés peuvent s’attendre à toucher jusqu’à «15-16 $ de l’heure».

«Avant la pandémie, c’était déjà difficile de recruter, mais depuis mars, ce l’est encore plus. Quand il y avait la PCU, c’était complètement mort. Je pensais recevoir un flux de C.V. quand ça allait finir, mais finalement, ça a juste augmenté un peu», a noté le franchisé de l’endroit, Ahmed, qui préfère ne pas donner son nom de famille.

C’est dans le même esprit que des Tim Hortons de Boucherville versent désormais un salaire allant jusqu’à 17$ l’heure à ses superviseurs.

«J’aimerais ça pouvoir payer tout le monde 20 $ l’heure, mais il faudrait que j’en vende en maudit du café! Les gens pensent que comme on est Tim Hortons, on est millionnaire, mais ce n’est pas moi qui fais les millions. Nous, les franchisés, on gère notre commerce comme le petit café du coin», a tenu à faire savoir Manon Lacasse, qui dit compenser en offrant des bonis à ses salariés.

Avec la PCU cet été, Mme Lacasse en a arraché. Plusieurs de ses employés à temps partiel ayant préféré quitter le navire. Depuis, elle peine à trouver des gens pour les remplacer.

«Il y a des gens qui ne présentent même pas à leur entrevue. Probablement qu’ils font juste des démarches pour montrer au chômage qu’ils essaient de trouver un emploi», s’indigne celle qui évolue au sein de l’empire Tim Hortons depuis près de 30 ans.

Faute de personnel, Manon Lacasse a dû fermer temporairement l’une de ses trois succursales dernièrement.