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Agression sexuelle : prison à domicile pour un policier du SPVM

Michael Nguyen | Journal de Montréal

Un policier coupable d’avoir agressé sexuellement une amie a écopé ce lundi de 10 mois de prison à domicile, tandis que trois de ses collègues qui avaient intimidé la victime en pleine salle d’audience sont sous le coup d’une enquête. 

« La conduite des agents de la paix a perturbé la plaignante au point de s’effondrer en larmes au sol. Un tel comportement répréhensible n’a pas sa place en salle d’audience et doit être dénoncé », a commenté le juge Pierre Bélisle en s’en prenant aux policiers intimidateurs alors qu’il condamnait André Hébert-Ledoux, ce lundi au palais de justice de Montréal.

Hébert-Ledoux, 34 ans, est un agent de la police de Montréal qui avait agressé sexuellement une femme de son entourage, lors d’une visite dans une maison hantée à l’Halloween 2017. Alors qu’il était intoxiqué, il avait agrippé les fesses de la plaignante, et lui a pris les seins en riant, pour ensuite forcer une main dans sa culotte.

Intimidée

Déjà traumatisée par les événements, la femme, qui ne peut être identifiée sur ordre du tribunal, a vécu un autre choc lors de son témoignage à la cour en juin 2019. C’est que ce jour-là, des policiers habillés en civil sont venus soutenir leur collègue. Et en l’absence du juge, ils en ont profité pour s’avancer et faire écran entre l’accusé et la plaignante, qui s’est sentie intimidée.

Ces trois policiers sont le sergent-superviseur Stevens Hamelin, le policier de Longueuil Julien Côté, ainsi que l’agente Félicia Adam. Cette dernière a dit s’être avancée « par instinct », mais le juge a estimé que cette explication « ne tient pas la route », tout en dénonçant ce comportement.

« [L’événement] est présentement sous enquête », a assuré le procureur de la Couronne Me Sasha Blais, en soulignant que la victime devait garder la tête haute, et qu’elle avait fait « tout ce qu’il y avait à faire » dans le dossier.

Piètres excuses

Mais si Hébert-Ledoux espérait s’en sortir sans casier judiciaire, lui qui réclamait une absolution, il a eu la mauvaise surprise d’être condamné à la prison à domicile. En fait, la peine qu’il a écopée est encore plus sévère que les travaux communautaires que réclamait la Couronne.

« La peine suggérée par la poursuite est trop clémente », a tranché le magistrat en rappelant qu’un récent jugement de la Cour suprême appelait à être plus sévère dans les cas d’agression sexuelle.

Le magistrat a d’ailleurs noté que si Hébert-Ledoux s’était rapidement excusé à sa victime, il prenait soin de souligner ne pas se souvenir de rien et qu’il était intoxiqué.

« En somme, l’accusé n’assume pas sa responsabilité pénale », a commenté le juge en rappelant que Hébert-Ledoux avait lui-même fait le choix de boire ce soir-là.

Il a donc condamné le policier à 10 mois de prison à domicile, suivi de deux années de probation. Hébert-Ledoux, qui est présentement en appel du verdict, sera également inscrit au registre des délinquants sexuels pour 10 ans. 

Le juge a toutefois refusé de lui ordonner de verser près de 110 000 $ à la victime, pour les traumatismes qu’elle a subis.