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La PCU pour un patron de PME

Francis Halin | Journal de Montréal

Charles Frenette, président d’Animation de l’Est, installé à Rivière-du-Loup, n’a eu que trois contrats l’été dernier, ce qui lui a donné des revenus d’à peine 2000 dollars. En comparaison, l’an dernier, son chiffre d’affaires avoisinait le demi-million de dollars.

Photo courtoisie

Charles Frenette, président d’Animation de l’Est, installé à Rivière-du-Loup, n’a eu que trois contrats l’été dernier, ce qui lui a donné des revenus d’à peine 2000 dollars. En comparaison, l’an dernier, son chiffre d’affaires avoisinait le demi-million de dollars.

Un patron d’une PME d’événementiel du Bas-Saint-Laurent a dû demander la Prestation canadienne d’urgence (PCU) quand ses ventes se sont écroulées comme un château de cartes.

« J’ai arrêté de me donner des dividendes-salaires. Je me suis mis sur la Prestation canadienne d’urgence parce qu’on n’avait plus rien », confie avec émotion Charles Frenette, président d’Animation de l’Est, à Rivière-du-Loup.

Comme de nombreuses PME, Animation de l’Est était en bonne santé financière avant la COVID-19. Disco mobile, mariage, location de vaisselle, son patron avait un chiffre d’affaires de 464 000 dollars l’an dernier, ce qui est un exploit pour une compagnie indépendante dans sa région, dit-il.

Mais quand les clients ont arrêté d’organiser des fêtes, plus personne ne faisait appel à ses services, et son rêve d’entreprise a tourné au cauchemar.

« Je vis modestement. J’ai vendu ma décapotable. J’avais un spa payé, je l’ai vendu. Mon institution financière s’est mise à me redemander de les payer, ils m’ont dit : “Tu dois payer ton hypothèque, ça fait six mois, désolé” », raconte l’homme d’affaires de 41 ans.

Pas de Noël

Depuis la crise, l’entreprise de Charles Frenette ne tient qu’à un fil. Ses ennuis financiers lui restent toujours dans la tête. 

« J’ai une marge de crédit de 80 000 $. Il me reste 9 000 $. Je n’ai pas d’ouvrage devant moi. Est-ce que l’on risque de disparaître de la carte ? J’ai beau me battre comme un diable dans l’eau bénite, je pense que oui », se désole celui qui donnait du travail à une vingtaine de monteurs, techniciens, décoratrices.

À l’approche de la saison froide, aucun patron ne veut être accusé d’avoir organisé un party de Noël qui aurait enfreint les règles sanitaires, ce qui paralyse ses activités. 

« Je n’ai pas un dirigeant d’entreprise qui a envie de passer aux nouvelles parce qu’il a fait un party de Noël qui a viré en éclosion », soupire-t-il.

À la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), le vice-président pour le Québec, François Vincent, est inondé d’histoires comme celle-ci, ce qui lui fait craindre le pire pour la vitalité économique du Québec.

« Plus de 82 % des PME québécoises sont préoccupées par la deuxième vague qui arrive, parce que la moitié d’entre elles craignent de ne pas passer au travers », s’inquiète-t-il.

Selon lui, les gouvernements devraient mieux adapter l’aide financière aux PME pour les aider à sortir la tête de l’eau.

« Ça brise le cœur de voir un entrepreneur si bien implanté dans sa région qui voit son monde s’écrouler du jour au lendemain. Il faut adapter l’aide aux entreprises pour rejoindre celles affectées directement par les restrictions économiques, mais exclues de l’aide spécifique offerte en zone rouge », conclut François Vincent.

Plus de 62 % des PME n’ont toujours pas retrouvé des niveaux de ventes normaux, selon la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante.