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Le PLQ de la «nouvelle» Anglade

Antoine Robitaille | Agence QMI

Quelque chose se passe au Parti libéral du Québec.

Devenue cheffe le 11 mai, Dominique Anglade met de plus en plus sa formation à sa main. Elle ose certains virages par lesquels elle espère se démarquer des «administrations» précédentes.

Le mot en «n»

On l'a vu la semaine dernière, par la position claire et limpide qu'elle a prise dans la controverse autour du «mot en N» à l'Université d'Ottawa.

«Il est fondamental de pouvoir nommer les choses dans un contexte académique pour [...] les comprendre et en débattre», écrit-elle en marge d'une pétition lancée sur le site du PLQ intitulée «mettons fin à la dérive du politiquement correct».

Sur ce sujet, quelle position aurait privilégiée Philippe Couillard?

Gageons qu'elle eût été bien différente. Certaines voix libérales appuient d'ailleurs l'hypothèse confidentiellement.

Le neurochirurgien était extrêmement sensible aux diktats de la rectitude politique. On l'imagine appuyer la demande d'«annulation» du mot honni en toute situation, en tout contexte, même pédagogique, où, par exemple, l'on citerait le titre d'un livre de Dany Laferrière.

M. Couillard aurait sans doute vu dans l'interdit une manière d'éviter de «souffler sur les braises de l'intolérance», formule célèbre qui lui avait valu l'épithète de «donneur de leçons».

Certains rejettent l'hypothèse. Hier à Qub, Christine St-Pierre, ancienne ministre de Couillard, soutenait que l'ancien chef libéral, fils d'universitaires, aurait assurément opté pour une liberté d'expression pédagogique complète.

Terrorisme

Au reste, le chef Couillard aurait-il accepté qu'un de ses élus dénonce explicitement, au salon bleu, le «terrorisme islamiste»?

Difficile à imaginer.

C'est pourtant les mots utilisés par la libérale Marwah Rizqy la semaine dernière, lorsqu'elle a fait adopter une motion pour condamner l'épouvantable meurtre par décapitation, en France, de l'enseignant Samuel Paty.

«Je suis prof», a déclaré Rizqy gravement, soutenant qu'avec cet événement, son métier était assailli: «Les terroristes islamistes, après s'être attaqués aux journaux, à la liberté d'expression», s'en prennent maintenant «au savoir», qui est la «liberté», s'indigna-t-elle.

Une «nouvelle» Anglade

Lorsqu'elle s'était jointe au PLQ en 2015, Dominique Anglade avait pourtant pleinement adhéré au discours «couillardien». Ancienne présidente de la CAQ, elle expliquait l'avoir quittée en raison des «prises de position [...] plus radicales» du parti de François Legault sur l'immigration et l'identité.

Mais depuis la défaite de 2018 et le départ de M. Couillard, elle s'est plutôt déclarée en faveur d'un nationalisme plus affirmé au PLQ. Même sur l'interdiction des signes religieux, avant de devenir chef, elle tenta de faire adopter une résolution par le Conseil général du PLQ appuyant le compromis Bouchard-Taylor. En vain. Depuis qu'elle s'est déclarée candidate, elle fait tout en son possible pour sortir le PLQ de discours qui ne plaisent qu'à l'ouest de l'île de Montréal.

Jusqu'à négliger, semble-t-il, cette clientèle naturelle. C'est du moins ce que le chroniqueur de «The Gazette» Don Macpherson faisait remarquer sur Twitter hier en soulignant que la version anglaise de la pétition contre «la dérive du politiquement correct» est introuvable. «Cela ne s'adresse-t-il qu'aux lecteurs du JdM?», ironisait le chroniqueur.

Si oui, quelque chose se passe vraiment au PLQ alors!