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Encore des leçons à tirer de Lac-Mégantic

Anne Caroline Desplanques | Journal de Montréal

Transports Canada a si peu d’informations fiables sur le transport de matières dangereuses que rien n’assure qu’une autre tragédie comme celle de Lac-Mégantic ne puisse pas se reproduire.

« Je ne peux pas dire qu’il n’y aura pas un autre accident provoquant un déversement sérieux de matières dangereuses », a soufflé mardi le commissaire fédéral à l’environnement, Andrew Hayes, après avoir déposé au Parlement son rapport sur le transport de matières dangereuses au pays.

M. Hayes a souligné que deux déraillements de trains pétroliers, similaires à celui qui a coûté la vie à 47 personnes à Lac-Mégantic, en 2013, se sont produits il y a quelques mois à l’entrée du village de Guernsey, en Saskatchewan.

À la suite du déraillement au Québec, l’enquête du Bureau de sécurité des transports (BST) avait conclu que Transports Canada n’avait pas exercé une surveillance suffisante et n’assurait pas de suivi pour veiller à ce que les lacunes de sécurité soient corrigées.

Sept ans plus tard, des milliers d’infrastructures de transport de matières dangereuses échappent totalement à Transports Canada, car elles ne sont tout simplement pas inscrites dans la base de données du Ministère. Celle-ci est en plus farcie d’informations non vérifiées, incomplètes et désuètes.

Lors de son audit, le commissaire a constaté que « la liste des installations dans la base de données datait du début des années 1990 » et qu’« une grande proportion des installations consignées [...] n’avaient aucun historique d’inspection ».

Ainsi, le tiers des installations inscrites dans le plan d’inspection annuel 2018-2019 du Ministère « étaient fermées, avaient déménagé, étaient inscrites en double, ou n’étaient peut-être plus chargées de la manutention, de la demande de transport, du transport ou de l’importation de marchandises dangereuses ».

Pas de suivi 

De plus, comme c’était le cas avec la MMA, une infraction sur trois ne fait l’objet d’aucun suivi de la part des inspecteurs fédéraux, qui ne s’assurent donc pas que les contrevenants corrigent leurs erreurs, a constaté le commissaire.

En réponse à l’audit de M. Hayes, Transports Canada a promis d’améliorer la qualité de sa base de données dès cet automne et de corriger son système de suivi des infractions d’ici le printemps prochain.

Mais le Ministère est bien au fait de ses lacunes et de l’urgence d’agir depuis maintenant « presque 10 ans », a rappelé M.Hayes. Plusieurs des constatations et des recommandations du commissaire sont en effet tablettées dans un audit que son bureau a déposé au Parlement en 2011.