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La prison à vie pour un fils qui a tué son père violent

Claudia Berthiaume | Journal de Montréal

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Jonathan Tremblay / JdeM

Un homme de la Rive-Sud, battu par son père toute son enfance, a été condamné à la prison à vie mercredi pour s’être vengé en étranglant celui-ci lors d’une ultime chicane autour d’une pointe de tarte.

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«Les monstres engendrent des monstres. C’est aussi simple que ça.» 

C’est de cette façon que Loïc René a résumé son crime à sa mère, peu de temps après avoir tué son père, le 18 août 2018. 

Mercredi, l’homme de 56 ans a été déclaré coupable de meurtre, au palais de justice de Sorel-Tracy. 

Loïc René a «snapé» lors d’une énième prise de bec avec son père Guy, à la résidence de celui-ci, à Yamaska, en Montérégie. 

Après le dîner, l’aîné de 76 ans est allé faire une sieste tandis que son fils s’est réchauffé un morceau de tarte au four à micro-ondes. Réveillé par le bruit émanant de la cuisine, le père est sorti de ses gonds.

«Là, tu m’as carrément fait chier. T’es pas normal, va te faire soigner», a lancé l’ancien directeur d’école à son fils, malgré les excuses de ce dernier. 

Frappé 30 fois pour avoir volé 30 $

Le quinquagénaire a répliqué que son père était mal placé pour parler, lui qui l’a frappé 30 fois au visage pour le punir d’avoir volé 30 $ à l’âge de 12 ans.

«Tiens, en v’là un autre», a laissé tomber la victime, en frappant son fils une fois de plus.

La chicane s’est envenimée, Loïc René a empoigné un couteau de boucher, mais il a fini par se calmer.

Les deux hommes ont convenu que Guy René irait reconduire son fils au terminus d’autobus pour qu’il retourne chez lui à Longueuil. 

Mais au moment de partir, l’aîné a nargué son fils une fois de trop. 

«Si tu veux te battre, je suis prêt, c’est quand tu veux», a-t-il craché. 

Pour Loïc René, c’est là que «les fils se sont touchés». Il a poussé son père au sol, l’a frappé au visage avec ses pieds, puis ses poings, avant de l’étrangler.

«Trou de cul»

«T’es un cr*** de trou de cul», a-t-il soufflé à la victime avant qu’elle ne rende son dernier souffle.

Le tueur s’est ensuite rendu à la police. Il a dit aux enquêteurs qu’il se sentait libre, qu’il savait que cela arriverait et que ça faisait 42 ans que c’était prémédité.

«C’était voulu. C’est peut-être ça qui fait que je dis que je suis un monstre, parce que j’ai été conscient de ce que je faisais», a-t-il dit en interrogatoire. 

Or, lors de son procès, René affirmait plutôt qu’il ne voulait pas tuer son père, mais seulement lui faire mal. 

Me Marc-André Gauthier a plaidé que le trouble de la personnalité limite de son client l’avait empêché de formuler l’intention de commettre un meurtre. Il espérait ainsi un verdict d’homicide involontaire.

La juge France Charbonneau a qualifié cette nouvelle version d’«invraisemblable» mercredi, donnant raison à Me Geneviève Beaudin, de la Couronne.

«L’accusé a clairement agi par vengeance. Trois coups de poing ne suffisaient pas. Il fallait plus pour lui remettre toutes les souffrances que son père lui avait infligées», a écrit la juge dans sa décision de 67 pages.

Loïc René a été condamné à la prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 10 ans.