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F.-A.-Gauthier: l’incompétence de la STQ a coûté des millions aux contribuables

Charles Lecavalier | Bueau parlementaire

La comédie d’erreurs et de mauvaises décisions entourant la conception, la construction et l’entretien du navire F.-A.-Gauthier ont coûté des millions de dollars aux contribuables, déplore la vérificatrice générale dans un rapport dévastateur.  

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Le désormais célèbre traversier, construit au coût de 170 M$ entre 2013 et 2015 — il devait en coûter 148 M$ — a fait l’objet de nombreux reportages médiatiques critiques : dépassements de coût, vices de conception, bris. Mais les rayons X de la VG ne laissent pas de doute : le cancer est généralisé. Au total, l’aventure a coûté 235 M$.     

La STQ n’avait pas toutes les compétences pour mener à bien le projet de construction d’un navire de l’envergure du NM F.-A.-Gauthier    

Le processus choisi pour sélectionner le constructeur du navire n’était pas arrimé aux pratiques de l’industrie navale.     

La STQ n’a pas été en mesure de tirer avantage de plusieurs éléments de négociation avec le constructeur.     

Les interruptions du service du F.-A.-Gauthier ont coûté 22 M$, car la STQ n’a pas pris assez de mesures pour atténuer les risques en cas d’interruption de service.        

Prenons l’appel d’offres pour trouver le chargé de projet responsable de la construction du navire. C’était le principal représentant de la STQ en Italie auprès du chantier Ficantieri. Malgré les exigences, il n’avait pas de formation universitaire en ingénierie, pas de MBA, et n’avait pas assez d’expérience pour des projets d’envergures en ingénierie.  

Ce manque de compétences aurait pu être pallié par l’assistance du consortium d’architectes navals, mais la STQ a résilié leur contrat avant le début de la construction du navire, ce qui l’a privé d’une expertise importante pour la surveillance des travaux.  

Le nombre d’employés de la STQ dépêchés en Italie était inadéquat pour assurer la surveillance de la construction du navire. Par exemple, la STQ «devait être présente lors des tests d’acceptation en usine des propulseurs». Elle n’y a pas participé. Le bris de ces propulseurs a forcé la STQ à mettre le navire hors service en 2018, et nécessité des réparations de 8,5 M$. La VG note également que la STQ n’a pas respecté les guides d’entretien des différentes pièces mécaniques et le plan de maintenance du NM F.-A.-Gauthier. Une rencontre avec le constructeur aurait pu être utile.

Le choix du fabricant Ficantieri est également remis en question par la VG. Les conditions «trop contraignantes» de l’appel d’offres ont fait que le chantier naval italien a proposé la seule soumission conforme. Deux offres de prix ont été rejetées (154 M$ pour STX Finlande, 160 M$ pour STX France) en raison du fardeau administratif.  

La STQ a renoncé aux garanties du navire   

La STQ a été incapable de faire valoir ses droits auprès de Ficantieri. Elle n’a pas exigé de pénalité pour le report de la date de livraison du navire, alors qu’elle aurait pu exiger 3,85 M$.  

Certaines décisions de la STQ sont carrément incompréhensibles. Elle n’a négocié ni exigé aucune compensation réelle pour des défauts à la livraison du navire. Et pourtant, le contrat permettait à la STQ d’exiger la correction de toutes ces défectuosités. 

Elle a accepté des défauts sur un navire qui était pourtant neuf : conduits de ventilation rouillés, câbles électriques mal identifiés, plancher d’un pont qui n’est pas stable, défauts de soudure sur un réservoir de gaz naturel. «L’acceptation d’un grand nombre de défauts de cette nature, soit 54, représente un manquement aux responsabilités qui incombaient à la STQ afin de s’assurer la qualité du navire», déplore la VG.  

Le constructeur a offert 150 000 euros en pièces de rechange. La STQ a refusé, car elle manquait d’espace d’entreposage. 

Pour d’autres irrégularités : panneaux de cloisons fissurés, moisissures (700 000 $), inefficacité du système de prise d’eau (221 000 $), la STQ s’est entendu avec Ficantieri pour un remboursement bien inférieur au montant des réparations. Et la situation n’est pas réglée. «Des vérifications régulières sont recommandées dans le futur afin de contrôler la croissance des moisissures», note la VG.