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La seconde vague assombrit les espoirs de reprise de l'économie allemande

Agence France-Presse

Un sursaut avant la rechute : l'Allemagne dévoilera vendredi un PIB en hausse pour le troisième trimestre, mais s'attend à des temps difficiles face à la seconde vague de COVID-19, et les restrictions qui l'accompagnent.

Après un plongeon de 9,7% entre avril et juin, le pays s'est engagé cet été sur le chemin de la reprise. Les analystes de Factset s'attendent à un bond du PIB de 7,4% au troisième trimestre.

L'Allemagne a bénéficié d'un effet de rattrapage débuté en mai, grâce à une accalmie sur le plan sanitaire et un relâchement des mesures de confinement.

Tous les indicateurs économiques ont repris des couleurs, de la production aux commandes industrielles, en passant par les exportations.

Les nouvelles prévisions de croissance pour 2020 et 2021, dévoilées vendredi, devraient d'ailleurs «refléter» cette amélioration, a déjà indiqué Berlin.

Mais ces bons résultats ne seront qu'un coup d'oeil dans le rétroviseur : la crise sanitaire s'aggrave dans toute l'Europe, menaçant à nouveau l'économie.

Les nouvelles infections quotidiennes dépassent les 15 000 cas en Allemagne. Du jamais vu, dans un pays jusque là relativement épargné par rapport à ses voisins.

En octobre, les baromètres du moral des investisseurs, des consommateurs et des entrepreneurs, signaux faibles de la conjoncture allemande, sont déjà repartis à la baisse.

Et désormais, «la reprise prend une pause», affirme à l'AFP Carsten Brzeski, analyste pour la banque ING.

Pour tenter de juguler l'épidémie, l'Allemagne va vivre un mois de novembre au ralenti : bars, restaurants, équipements culturels et de loisirs vont fermer lundi jusqu'à début décembre, tandis que les séjours en hôtel n'ayant qu'un but touristique seront interdits.

Ces mesures «auront un impact sur la croissance» a déjà prévenu jeudi le ministre de l'Économie Peter Altmaier.

Selon la banque LBBW, elles pourraient coûter 0,5 point de PIB à la première économie de la zone euro en 2020, et 1 point pour 2021.

Les craintes pour l'emploi s'intensifient, malgré les dispositifs de chômage partiel, qui ont permis de stabiliser le chômage, à 6,2% en octobre.

Un million de postes pourraient disparaître dans les petites et moyennes entreprises à cause de la crise, selon une étude de la banque publique KFW.

Les plans de suppression d'emplois se multiplient dans les grands groupes, à Lufthansa (jusqu'à 30 000 postes), TUI (8000 postes), ou encore BMW (6000 postes).

Et les organisations professionnelles de l'hôtellerie craignent la faillite d'un tiers de leurs établissements.

Plusieurs milliers de salariés des secteurs les plus touchés, comme l'évènementiel, la culture, ou la restauration, ont manifesté mercredi à Berlin pour leur «survie».

«Je n'ai pas travaillé depuis 6 mois», s'inquiète Pascal Reichsten, 23 ans, employé d'une entreprise de sécurité pour les concerts et évènements sportifs.

«Nous craignons de faire faillite si cela continue(...). Nous demandons un soutien politique», abonde Cordula Weidenbach, dont la société loue des meubles pour les foires à Munich.

Berlin a annoncé mercredi une nouvelle enveloppe de soutien pouvant aller jusqu'à 10 milliards d'euros pour ces entreprises. Jusqu'à 75% du chiffre d'affaires perdu pourra être indemnisé.

Jusque-là, l'Allemagne ne prenait en charge que les coûts fixes, comme le loyer ou les factures d'électricité.

Le gouvernement a également prolongé fin août de 24 mois les dispositifs de chômage partiel, contre 12 mois auparavant.

Mais la pilule des nouvelles restrictions reste difficile à avaler pour de nombreux professionnels.

«Nous savons pourtant que les hôtels ne sont pas des lieux principaux d'infection», s'agace auprès de l'AFP Sandra Warten du syndicat DEHOGA de l'hôtellerie restauration.

«Nous devons reprendre le contrôle en novembre pour que la situation soit plus simple dans les prochains mois», s'est défendu le ministre des Finances Olaf Scholz (social-démocrate), lors d'une interview à la chaîne ZDF.

L'espoir de l'Allemagne vient désormais d'Asie, marché essentiel pour ses industries exportatrices, qui n'observe pour l'instant pas de regain épidémique.

Les ventes d'automobiles, pilier de l'industrie allemande, sont revenus en septembre à leur niveau d'avant crise, grâce au regain d'activité dans cette région.