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«Scoppa et moi», une histoire digne d’un film

Marie-Josée R. Roy | Agence QMI

Côtoyer un narcotrafiquant parmi les plus influents du Canada, soupçonné d’avoir commis 15 meurtres, n’a rien d’une douce balade au parc, comme en témoignent les journalistes Félix Séguin et Éric Thibault dans le documentaire «Scoppa et moi», qui explore les dessous de leur relation extraordinaire avec le mafieux Andrew Scoppa.

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Séguin et Thibault se confient sur leur expérience – rendue publique mercredi – avec l’ex-parrain intérimaire de la mafia italienne montréalaise dans le livre «La Source», mais aussi dans le documentaire «Scoppa et moi», maintenant disponible sur Club illico. Récit des rencontres clandestines avec Scoppa – qui agissait à la fois comme informateur de police et source journalistique avant son décès, il y a un an –, dilemmes éthiques rencontrés au fil de ces rapports: le film de plus d’une heure dépeint bien à quel point l’affaire est «digne d’un film», pour emprunter les mots de Félix Séguin.

«Les gens qui sont moins familiers avec le milieu vont saisir à quel point c’est un gros coup de recruter une source comme ça, mais vont aussi constater tout ce que ça implique au niveau de la sécurité, de la confidentialité», expose Ninon Pednault, réalisatrice de «Scoppa et moi».

Très authentique  

Félix Séguin soutient qu’il s’agit d’une première mondiale, que des représentants des médias aient eu un accès aussi privilégié à un criminel d’une telle envergure. Un homme qu’il décrit comme un «personnage extrêmement calculateur, vaniteux et contrôlant, qui jouait sur trois tableaux: le crime organisé, la police et les journalistes».

 Écoutez Félix Séguin au micro de Richard Martineau sur QUB radio: 

«Quand on a mis ce projet sur la table, c’était clair qu’il y avait deux angles à poursuivre. Il y avait d’abord les confessions brutes d’Andrew Scoppa, qui font l’objet du livre "La Source", mais il fallait aussi explorer tout l’angle de la relation entre un journaliste et sa source, et c’est ce qu’on fait dans le documentaire. Parce que c’est vraiment du grand art, si je peux dire sans flagornerie, d’avoir une telle source dans le milieu criminel», explique Félix Séguin.

«Dans le documentaire, on veut entendre Scoppa, indique Ninon Pednault. On entend sa voix, ses expressions. On en a beaucoup mis, parce qu’on trouve que ça nous plonge tellement dans l’atmosphère. On a les enregistrements d’une filature policière dans sa voiture, ses confessions à un autre criminel. Ça donne quelque chose de très authentique.»

Voyage à Barcelone  

Ninon Pednault s’est concentrée à bien rendre à l’écran la relation tissée à travers les années (près de six ans) entre Félix Séguin, Éric Thibault et Andrew Scoppa.

Pour ce faire, elle a ramené les deux journalistes à Barcelone, en Espagne, là où ils rencontraient Scoppa pour recueillir ses propos. Le tournage de ces segments de «Scoppa et moi», à l’étranger, a été réalisé à la mi-juillet dernier, lorsque les voyages étaient permis. Ninon Pednault ne cache d’ailleurs pas que la pandémie a passablement compliqué la production du documentaire, déjà complexe à mener à terme en raison de la délicatesse des opérations montrées.

«Moi, à l’origine, je n’avais que les audios de qualité moyenne, enregistrés sur le iPhone de Félix, précise la documentariste. Heureusement, on a eu accès à d’autres documents de filature par la suite, qui m’ont permis de construire une histoire. Et je trouvais que de ramener Éric et Félix sur les lieux de ces confessions-là, ça leur ferait revivre les émotions qu’ils ont vécues lors de ces quelques jours passés avec lui (Scoppa) en Espagne.»

Sans qualifier ce périple d’émotif, Félix Séguin affirme l’avoir trouvé «chargé».

«C’était un peu comme la dernière marche du pèlerin, illustre-t-il. De revoir les mêmes places, de nous remémorer des souvenirs, dont certains étaient assez particuliers... Il y a cette forme d’émotion qui m’a gagné. On avait l’impression d’attacher la boucle.»

Pour la suite, Félix Séguin dit espérer que l’affaire outrepasse les frontières du Québec et du Canada. «Normalement, les mafieux qui conversent avec les journalistes sont repentis. Ils ont été collaborateurs de justice. Ici, Andrew Scoppa était un mafieux en exercice, qui a livré des confessions alors qu’il était au sommet de son influence. Juste ça, c’est susceptible d’intéresser beaucoup de monde.»

Le documentaire «Scoppa et moi» est maintenant disponible sur Club illico.