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Un jour de deuil pour Lisette Lapointe

Raymond Filion | TVA Nouvelles

La défaite référendaire de 1995 a grandement affecté Jacques Parizeau, affirme son épouse pour qui le 30 octobre constitue une journée difficile encore un quart de siècle plus tard. 

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«C'est vraiment un jour de grande tristesse, un jour de deuil,» affirme Lisette Lapointe en entrevue à TVA Nouvelles. «C'est assez terrible de penser qu'on est passé si près.» 

Le camp du «Non» a remporté le vote, récoltant une très mince majorité de 50,58 % des voies, rendant la défaite encore plus difficile pour Monsieur Parizeau, premier ministre du Québec et chef du camp du «Oui». 

«Il se sentait responsable d'avoir amené autant de monde, d'avoir convaincu autant de gens, autant de Québécois et d'avoir échoué,» dit Lisette Lapointe en parlant de son époux, décédé en 2015. 

«Jacques Parizeau avait consacré 25 ans de sa vie à préparer ce moment-là, à s'assurer que le Québec était prêt.» 

Lisette Lapointe affirme que son mari souhaitait annoncer sa démission dans son discours le soir du référendum, mais qu'elle l'a convaincu de ne pas le faire. 

«J'espérais même qu'il renonce à démissionner, le résultat étant si serré,» dit Lisette Lapointe. 

C'est le lendemain du référendum que Monsieur Parizeau a annoncé son départ. 

De l'argent et des votes ethniques

Jacques Parizeau n'a jamais regretté les controversées paroles qu'il a prononcé lors de son discours, selon son épouse. 

«On a été battus, au fonds par quoi? Par de l'argent et des votes ethniques essentiellement,» avait-il lancé, des paroles qui l'ont suivi tout le reste de sa vie. 

25 ans plus tard, Lisette Lapointe souligne certains mots de cette controversée déclaration. 

 «Il n'a pas dit «le» vote ethnique. Il a bien dit «des» votes ethniques, faisant référence à des mots d'ordre officiels donnés par des leaders nationaux canadiens de communautés culturelles ou ethniques à leurs ressortissants,» dit-elle. 

«Est-ce qu'il aurait dû le dire? C'est autre chose. Je ne sais pas. Mais il l'a dit avec franchise que l'argent et des votes ethniques ont eu une part de responsabilité dans la défaite.» 

Jean Charest

Le 25e anniversaire du référendum ravive aussi de nombreux souvenirs pour Jean Charest, qui était alors un des ténors du camp du «Non.» 

«C'était une atmosphère et un contexte qui étaient uniques et que je n'ai jamais revécu depuis,» affirme Monsieur Charest. 

Celui qui dirigeait alors le Parti progressiste conservateur à Ottawa reconnait qu'il a craint une victoire du «Oui» vers a fin de la campagne. 

Il ajoute que la campagne du «Non» n'était pas prête pour la seconde partie de la campagne, alors que les souverainistes ont comblé l'écart qui les séparait de leurs adversaires dans les sondages. 

«Je pense que le camp du «Non» avait un déficit au niveau de l'émotion,» dit-il. 

Jean Charest affirme qu'une victoire du «oui» aurait plongé le Québec dans un scénario semblable à celle que connaît le Royaume-Uni depuis le référendum du Brexit, avec des négociations qui s'éternisent. 

«On se lançait dans le vide, un trou noir. Ça aurait été pénible à la fois pour les gouvernements, mais aussi pour les citoyens,» dit Jean Charest. 

«À ma connaissance à moi, aucun des deux camps avait un plan très élaboré pour le lendemain du référendum.»