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«J’aimerais que les hommes se réveillent» - Janette Bertrand

Patrick Delisle-Crevier | Agence QMI

ART-JANETTE-BERTRAND

Photo Agence QMI, Joël Lemay

Dans son nouveau roman, «Un viol ordinaire», Janette Bertrand aborde un sujet chaud: le viol. Une nouvelle histoire qui lui a été inspirée par le mouvement #MeToo il y a quelques années et la vague de dénonciations qui a suivi ici, au Québec. L’auteure de 95 ans nous parle de cet ouvrage et nous donne de ses nouvelles. 

Janette, comment allez-vous?

Ça va bien, je viens tout juste de recevoir mon livre et je suis contente et fière. C’est toujours un plaisir de voir son livre et de le tenir entre ses mains pour la première fois. Sinon, j’admets que la situation actuelle est inquiétante. Mais je fais ce qu’il faut et je reste chez moi.

Comment est née l’idée de ce livre?

Elle est née du fait que les femmes dénoncent de plus en plus leurs agresseurs et qu’elles sont enfin crues. Moi, je n’ai pas eu cette chance à l’époque où on a abusé de moi. C’est un grand pas de fait, mais il reste encore beaucoup de chemin à faire. C’est certain que c’est le mouvement #MeToo qui a remué tout ça en moi. Je me suis dit que, grâce à ce mouvement, on allait enfin en venir à l’égalité entre les hommes et les femmes. C’est l’ère de la domination des hommes qui a fait en sorte qu’il y a eu et qu’il y a encore des abus. Ce matin, je lisais qu’aux États-Unis, une femme est tuée toutes les quatre heures. Il y a quelque chose qui ne marche pas. J’ai eu des filles, des petites-filles, et j’ai six arrière-petites-filles... Il faut absolument qu’on parle de tous ces abus pour aider ces nouvelles générations de femmes.

Vous avez choisi de raconter cette histoire du point de vue de l’agresseur, ce qui est assez rare...

Oui. C’est l’histoire de Laurent, qui a commis un viol. Ce dernier a une blonde depuis plusieurs mois, et elle lui avait bien dit qu’elle ne voulait pas d’une certaine forme de caresses, mais lors d’une soirée arrosée pour tous les deux, il a fait ce qu’elle ne voulait pas qu’il fasse. Elle est allée le dénoncer à la police, même si elle l’aimait et qu’elle était prête à faire sa vie avec lui. Il l’a tuée en dedans, il a brisé la confiance qu’elle avait envers les hommes. La mère de Laurent se pose aussi beaucoup de questions: elle veut comprendre pourquoi son fils a agi ainsi.

Ce livre a-t-il été difficile à écrire?

Oui. Ç’a été très difficile parce que j’aime les hommes. Je suis entourée d’hommes depuis l’âge de 18 ans, et je voudrais qu’ils soient moins caves. Même que je déteste ça quand ils ne sont pas à la hauteur. J’aimerais que les hommes se réveillent, et je suis convaincue que si les hommes ne nous aident pas à atteindre l’égalité entre les hommes et les femmes, on ne l’aura jamais.

Y aura-t-il une suite à ce roman?

Oui. Et ce sera la cerise sur le sundae, l’aboutissement de toute ma vie de combat pour l’égalité entre les hommes et les femmes. Mais on est en pleine pandémie, donc je me souhaite de vivre assez vieille pour le terminer. Je l’ai commencé, et il me reste cinq ans avant d’avoir 100 ans. Ce sera probablement les deux romans qui vont résumer le mieux tout ce que j’ai pu accomplir dans cette bataille pour l’égalité des sexes.

Comment vivez-vous le confinement?

Je suis tannée comme tout le monde, mais en même temps, j’ai tellement de projets que ce n’est pas si pire. J’ai besoin de projets dans la vie et j’en souhaite à tout le monde. Ce sont les projets qui nous projettent dans l’avenir et qui nous font tenir à la vie. Je souhaite à toutes les personnes âgées d’avoir des projets plein la tête. Je lis aussi beaucoup, et dans quelques semaines, je lirai des extraits de biographies pour un site web. Je ne m’ennuie pas un seul instant!

«Un viol ordinaire» est déjà disponible.