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Renee Wilkin plus forte que jamais!

Béatrice Gravel | Agence QMI

La diversité corporelle est un thème d’actualité, mais il reste encore du travail à faire avant de changer les mentalités. Renee Wilkin, ancienne finaliste à «La Voix», a reçu récemment une pluie d’injures de gens choqués par son habillement.jugé inconvenant, lors d’une émission de télévision. Elle a répondu avec un vidéoclip puissant: «Elle est belle».

Ça devait pourtant être tout simplement un bel hommage à la chanteuse Michèle Richard, le 25 septembre, à l’émission «Bonsoir bonsoir!» à Radio-Canada. Ce n’est toutefois pas son talent qui a retenu l’attention des téléspectateurs, mais son pantalon taille haute jaune et un haut court sous son veston.

«J’ai été très surprise de recevoir autant de commentaires négatifs, confie la chanteuse au téléphone. On m’a souvent vue à la télé dans une petite robe noire ou des vêtements amples. Je savais que ça n’allait pas nécessairement plaire à tout le monde, mais je ne considérais pas porter quelque chose d’inapproprié. On devait voir un pouce de peau, rien de choquant. J’étais super contente d’aller rendre hommage à Michèle — ça faisait des mois que je n’avais pas chanté à la télé à cause de la pandémie. Je considérais avoir fait une belle "perfo"...»

Malheureusement, des gens l’ont couverte d’insultes sur les réseaux sociaux. «Ils ont pris le temps de m’écrire de longs messages en privé pour me dire qu’ils m’avaient trouvée répugnante, en plus des commentaires négatifs sur la page de “Bonsoir bonsoir!”. Ma famille et mes enfants peuvent les lire... À un moment donné, il y a une limite à insulter quelqu’un! Ne pas aimer ma tenue, c’est normal, chacun ses goûts, mais quand ça devient irrespectueux...»

Certains de ses détracteurs ont poussé la note. «Ce n’est pas ton corps le problème, tu peux assumer tes formes, mais nous, on n’a pas à voir ton gros ventre», lui a-t-on notamment écrit. «Une dame m’a même suggéré de faire une sortie publique pour admettre mon erreur et m’excuser, relate la chanteuse. M’excuser publiquement pourquoi, madame?!»

Des insultes à de beaux témoignages 

Par pure coïncidence, Renee présentait près de deux semaines plus tard, le 9 octobre, le clip de la chanson «Elle est belle», tirée de son album «Briser la chaîne», paru en 2019. Ce vidéoclip propose des scènes tirées de la culture populaire, portées par des personnes charmantes aux physiques «non conventionnels».

Le vent a semblé tourner. «Les gens qui m’aimaient moins ou les détracteurs se sont gardé une petite gêne, affirme la chanteuse. Du moins, sur mes réseaux sociaux et sur mes pages personnelles, je reçois beaucoup de beaux témoignages de femmes et d’hommes, mais en majorité des femmes; elles sont heureuses de se voir représentées, elles se reconnaissent dans ce clip. Ça leur donne envie de s’assumer un peu plus. D’autres m’écrivent parce que leurs filles, un peu plus rondes, sont victimes d’intimidation à l’école. Voir ces images, c’est quelque chose qui a aussi fait du bien aux enfants. Je lis de beaux messages d’encouragement et de soutien. Il y aura toujours des mécontents, mais sur mes pages, le positif l’emporte.»

Dans «Elle est belle», Renee et ses complices se réapproprient les tableaux de Mitsou, Miley Cyrus, Beyoncé, Britney Spears, Katy Perry... en présentant divers corps pour redéfinir les standards de beauté. «Ce n’était pas un clip en réponse aux commentaires haineux, précise Renee. Ça faisait déjà plusieurs mois qu’on cogitait sur cette idée. Le réalisateur voulait déconstruire des scènes populaires avec des corps différents afin de mettre en lumière la diversité.»

Un stop à l’intimidation 

Renee Wilkin n’est pas prête à se laisser intimider par ces gens malintentionnés. «C’était important de mettre cette chanson-là en images. Mon cheval de bataille a toujours été d’avoir plus de diversité corporelle dans la culture populaire. Quand on ne se retrouve pas dans les standards de beauté qui nous sont imposés par la société — que ce soit notre couleur de peau ou qu’on soit grande, petite, ronde ou mince —, il faut défier ça et dire que nous avons notre place. Pourquoi ne pas montrer une femme grosse qui s’assume, qui est belle et sexy, nue sur sa chaise (un clin d’œil au clip de “Dis-moi, dis-moi”, de Mitsou, NDLR)?»

Renee Wilkin n’est pas la première victime de ce genre d’attaque. Une autre chanteuse, Safia Nolin, en a fait les frais il y a quelques années et continue à combattre les préjugés encore aujourd’hui. «Je ne comprends pas pourquoi ça offense à ce point de voir ces corps représentés à l’écran quand la plupart des gens ont sûrement dans leur entourage, leur famille ou leurs amis, des personnes avec des anatomies comme la mienne, lance la chanteuse. Ces corps-là existent et ils sont valides! Le but n’est pas de faire la promotion de la minceur ou de l’embonpoint, mais de la diversité et de l’acceptation de l’autre, peu importent ses différences.»

Un tournage libérateur 

Dans le vidéoclip «Elle est belle», la chanteuse tourne nue, entourée de femmes rondes. «Je n’étais pas trop nerveuse, toutes les figurantes m’ont mise vraiment à l’aise, confie Renee. Personne n’était là pour juger les corps de qui que ce soit. Le matin, avant de faire la scène de Mitsou nue, j’ai eu un petit vertige au moment d’enlever ma robe de chambre. Mais ç’a juste été beau!»

L’émotion était palpable sur le plateau de tournage, selon Renee. «Les figurantes derrière moi étaient aussi super à l’aise. L’une d’elles a même versé une larme: elle trouvait le message très touchant. Elle dévoilait sa poitrine pour la première fois depuis sa mastectomie; c’était un grand moment pour elle! Beaucoup plus que moi, nue sur une chaise! Et sur le plateau, c’était presque le silence absolu: tout le monde était super respectueux, et ça m’a fait du bien de chanter les paroles, nue, avec la musique forte. C’était libérateur!»

Plus de contenu à l’école 

Le milieu scolaire devrait aussi contribuer à la lutte contre la grossophobie ou le racisme, estime-t-elle. «Il manque beaucoup de contenu par rapport à tout ça, à l’école. On effleure à peine le racisme, les différences et les stéréotypes. C’est pourtant tellement présent dans la société! Les parents ne sont peut-être pas toujours outillés pour parler de ces enjeux, alors si au moins l’école y mettait du sien.»

Elle souhaite une sensibilisation étendue. «En région aussi. Des fois, il n’y a pas beaucoup de diversité dans les classes. Il faudrait leur dire que ça existe et l’expliquer. Et si nous, comme adultes, nous arrêtions de commenter le physique de tout le monde, ça serait un bon début!»

Auteure d’une trilogie jeunesse 

Finaliste à «La Voix» dans l’équipe de Marc Dupré en 2014, Renee Wilkin ne se contente pas de chanter. «J’ai accepté d’écrire une trilogie jeunesse sur la diversité avec la maison d’édition Boomerang, relate Renee. Je travaillais sur ce projet depuis un bon moment, mais comme tous mes spectacles ont été annulés en raison de la pandémie, j’ai mis plus d’énergie là-dessus!»

Les trois livres auront un cachet particulier. «Il y en aura un sur la diversité culturelle, un autre sur la diversité corporelle, et le premier portera sur la diversité de genre et les questionnements identitaires. Ces trois sujets sont très près de moi. L’un de mes garçons a des goûts qu’on attribue souvent à des filles. On essaie donc de défaire les stigmas de genre à la maison parce que ça le rend bien triste de ne pas être un petit garçon qui aime les camions et les dinosaures. Il a pourtant le droit d’aimer ce qu’il veut!»

La diversité est d’autant plus au cœur de ses préoccupations que ses enfants sont métissés. «La diversité culturelle me touche également. Les trois livres sont donc très près de ma réalité... Mais ils pourront faire du bien à de nombreuses personnes!»

Certains la qualifient de femme forte. En effet, Renee Wilkin est forte. Au sens moral d’abord.

On peut écouter la chanson «Elle est belle» sur plusieurs plateformes en ligne et visionner le vidéoclip sur YouTube.