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Les yeux de la communauté LGBTQ du Québec braqués sur l’élection américaine

L'administration Trump a voté plusieurs politiques réduisant les droits des personnes LGBTQ au cours des quatre dernières années. Certains intervenants du Québec craignent une montée du stress déjà grand dans cette communauté, vu les forts appuis qu'a obtenu le candidat républicain lors du scrutin.

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Au moment d'écrire ces lignes, on ne savait pas encore qui allait être président des États-Unis pour les quatre prochaines années entre le républicain Donald Trump et le démocrate Joe Biden, tant les appuis étaient forts de chaque côté.

«Même si Trump n’est pas élu, je pense que les personnes LGBTQ doivent être assez nerveuses de voir la quantité de personnes qui ont soutenu le président Trump dans sa course électorale. La journée [de mardi] nous a fait peur en général», confie Pascal Vaillancourt, directeur général d'Interligne, un organisme offrant de l'aide et des renseignements aux personnes concernées par la diversité sexuelle et de genre.

Pascal Vaillancourt, directeur général de l'organisme Interligne

PHOTO COURTOISIE/ALEX PAILLON

Pascal Vaillancourt, directeur général de l'organisme Interligne

M. Vaillancourt craint que les propos haineux tenus par le président ainsi que climat de tension aux États-Unis causent des actes de violence qui pourraient avoir des répercussions jusqu'au Québec. Des drapeaux pro-Trump et des pancartes QAnon ont d’ailleurs été aperçus lors de manifestations anti-masque cet été dans la Belle Province.

«Voir des groupuscules se manifester avec des tendances à la Trump, j’avoue, je trouve ça épeurant», admet M. Vaillancourt, qui souligne toutefois que les partis politiques du Québec n’ont rien avoir avec ceux des États-Unis. 

Bien que les tragédies ayant secoué la communauté LGBTQ américaine, comme la tuerie à Orlando en 2016, aient fait augmenter les appels chez Interligne, l’organisme ne prévoit pas de hausse marquée d’appels prochainement. M. Vaillancourt n’exclut pas que le sujet soit quand même abordé par certaines personnes ayant besoin de ventiler ou d’être rassurées par les intervenants.

«On a une rencontre d’équipe très bientôt où on va certainement aborder cet enjeu-là et partager des conseils pour aider ces personnes», souligne M. Vaillancourt. 

Un mandat «catastrophique» pour les droits LGBTQ

Parmi les attaques notables du président dans son mandat ayant le plus ébranlé M. Vaillancourt, il cite notamment l’interdiction pour les personnes transgenre ou ayant un diagnostic de VIH de servir dans l’armée, la suppression de politiques protégeant les personnes LGBTQ dans le système de santé et de certaines directives assurant la sécurité des jeunes transgenre à l’école. 

« Toutes les politiques qu’on a changé ont des impacts sur différentes communautés », se désole M. Vaillancourt, qui espère que Trump ne sera pas réélu. 

Une militante de la communauté LGBTQ lors d'une manifestation contre l'administration Trump. Le 22 octobre 2018 à Washington

AFP

Une militante de la communauté LGBTQ lors d'une manifestation contre l'administration Trump. Le 22 octobre 2018 à Washington

Si les yeux de la communauté LGBTQ d’ici sont rivés sur le sud de la frontière, M. Vaillancourt estime que le réseau communautaire portera une attention particulière à l’évolution de ces enjeux, peu importe qui sera élu. 

«J’espère qu’on ne passera jamais cette ligne-là au Québec pour reculer; en ce moment, c’est ce que font les États-Unis», conclut-il. 

Les lecteurs ayant besoin de se confier peuvent contacter Interligne sans frais au 1 888 505-1010.

Des reculs pour les personnes LGBTQ 

L’organisme de défense de droits Human Rights Watch (HRW) recense une centaine d'actions de l’administration Trump qui lèsent les droits des personnes LGBTQ au cours de son mandat. Voici quelques dates clés. 

Janvier 2017 : Quelques heures après que Donald Trump et Mike Pence aient été assermentés, des articles mentionnant divers enjeux LGBTQIA+ disparaissent subitement du site web de la Maison-Blanche. Trois jours plus tard, on y a retire également les excuses de l’ancien secrétaire d’État John Kerry après la «Peur Violette», ou «Lavender Scare», une période de persécution des personnes LGBTQ ayant eu lieu de 1950 à 1960. Des informations sur le mois de la fierté sont également effacées.

Février 2017 : Des directives établies par l’administration Obama détaillant les obligations scolaires envers les étudiants transgenres sont révoquées. Ces directives indiquaient notamment que les directions d’écoles devaient prendre en considération l’identité de genre de leurs élèves, notamment sur l’accès aux toilettes selon le genre auquel l'élève s’identifie.

Manifestation devant le centre de recrutement de l'armée à Time Square, New York, le 26 juillet 2017.

AFP

Manifestation devant le centre de recrutement de l'armée à Time Square, New York, le 26 juillet 2017.

Mars 2017 : Des médias américains révèlent que l’administration Trump aurait tenté d’enlever certaines questions portant sur les communautés LGBTQ du recensement de 2020, privant ainsi les scientifiques de statistiques à ce sujet. 

Juillet 2017 : L’administration Trump annonce sur Twitter que les personnes transgenres ne pourront bientôt plus servir dans l’armée. Un plan officiel pour mettre en place cette interdiction sera annoncé un an plus tard en 2018. 

Mai 2019 : Donald Trump s’oppose à l’adoption du Equality Rights, ou la Loi sur l’Égalité, qui devait apporter des protections fédérales supplémentaires aux citoyens quant à l’orientation sexuelle et les identités de genre, notamment dans le domaine des soins de santé, de l’emploi, du logement et de l’éducation.

Manifestation devant le centre de recrutement de l'armée à Time Square, New York, le 26 juillet 2017.

AFP

Manifestation devant le centre de recrutement de l'armée à Time Square, New York, le 26 juillet 2017.

Août 2019 : Le département du Travail annonce une nouvelle proposition donnant une plus grande liberté aux employeurs religieux pour embaucher et licencier les travailleurs dans les contrats fédéraux. La proposition est vite décriée par l’opposition et les organismes de défenses de droits de la personne comme une porte d’entrée pour discriminer les personnes LGBTQ sur le marché de l’emploi.

Juin 2020 : L’administration Trump dépose un règlement annulant certaines protections contre la discrimination des personnes transgenres dans le système de la santé avec la Loi sur la Protection des Patients et les Soins abordables. 

Juillet 2020 : Le secrétaire au Logement et au Développement urbain des États-Unis Ben Carson propose un règlement controversé permettant aux refuges financés par le fédéral d’exiger des preuves biologiques de la part de personnes itinérantes « dont le sexe n’est pas apparent ».

Sources : Human Right Watch (HRW), Gay & Lesbian Alliance Against Defamation (GLAAD), National Center for Transgender Equality (NCTE)