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La polygamie bancaire qui rapporte aux épargnants

Daniel Germain | Journal de Montréal

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Illustration Adobe Stock

On m’a demandé récemment si j’aimais ça, moi, les comptes d’épargne dans les banques virtuelles. Tu parles ! Tellement que je me suis converti au polyamour bancaire !

J’ai ouvert quelques comptes ici et là, mais je ne peux pas dire que c’est du vrai amour. Mes relations avec les banques n’ont rien de sentimental, elles reposent sur des bases pécuniaires, alors je finis toujours par déposer mon baluchon chez celle qui m’en donne plus, plus d’argent.

Vieilles banques, veiux jeu

J’ai toujours eu un compte-chèques dans une institution bien établie, le même où j’ai déposé ma première paie pour avoir lavé tout l’été le char de mon père, une Chrysler Le Baron station wagon arborant des flancs en faux bois.

C’est encore là que mes paies sont déposées, mais bon, cette relation n’est plus ce qu’elle a déjà été. J’y ai déjà eu un compte de courtage, mes REER, le CELI. Il ne manquait que l’hypothèque, mais j’ai toujours trouvé de meilleurs deals ailleurs, comme pour mes placements que j’ai fini par déménager, non sans paperasse.

Malgré la longévité de notre relation et les actifs que j’y ai eus un moment, elle ne m’a donné aucune raison de lui être exclusive. Ma fidélité du début n’a jamais été récompensée par une offre de service personnalisée ou une aubaine, même pas un « merci, monsieur Germain ». Elle n’a pas daigné non plus m’envoyer les petits gadgets qu’elle offre à ses nouveaux clients.

En plus de me pomper des frais élevés tous les mois sur mon compte-chèques, elle tente encore de me vendre des cochonneries, comme des assurances « solde » sur ma carte de crédit ou cette protection contre les « découverts ».

Cela consiste à payer des frais sur une base régulière afin d’éviter d’être assommé par des frais exorbitants le jour où le compte tombe dans le négatif.

Les jeunes fringants

Il n’y a rien qui ressemble plus à une grosse banque qu’une autre grosse banque. Ce qui m’ennuie avec elles, c’est qu’elles mobilisent leurs ressources pour inventer de nouveaux moyens de nous soutirer une piasse par ci, une piasse par là. On ne s’en rend pas compte, mais ça finit par faire de jolies sommes à la fin de l’année.

Le plus insultant sans doute, c’est qu’elles osent offrir des comptes d’épargne à « intérêts élevés » à 0,05 %. Sur un dépôt de 10 000 $, ça donne un revenu de 41 cennes par mois. Ce n’est pas tout à fait de l’argent qui travaille. Il suffit de retirer une seule fois un 20 $ dans le mauvais guichet automatique pour se faire siphonner en frais plus que ce que rapporte en un an un compte à « intérêt élevé » qui contient 10 000 $.

C’est pourquoi j’ai des comptes ailleurs, chez les petits joueurs virtuels. Je peux trimballer mon petit coussin d’une place à l’autre, en fonction des taux offerts.

Ce n’est pas terrible ces temps-ci, mais encore récemment, la banque virtuelle Tangerine (qui n’est pas un petit joueur, car elle appartient à la Scotia) offrait un taux de 2 % sur les nouveaux dépôts, du début octobre jusqu’à la fin de février.

Le coussin, qui était parqué chez Wealthsimple, a été rapatrié chez Tangerine. De l’argent comptant qui fructifie à 2 %, c’est une bonne affaire.

Mais c’est possible seulement avec la polygamie bancaire.