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Une professeure en faveur de la Loi sur la laïcité

Michael Nguyen | Journal de Montréal

Nadia El Mabrouk laicite

Photo d'archives, Agence QMI

Après la femme du blogueur saoudien Raïf Badawi hier, c’était au tour de la professeure universitaire Nadia El-Mabrouk de témoigner en faveur de la Loi sur la laïcité, ce mardi au procès intenté par des groupes qui veulent l’invalider. 

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« Je m’attends à ce que les enseignantes respectent leur devoir de neutralité religieuse, de fait et d’apparence. Montrer un signe religieux [en classe], c’est montrer une préférence, c’est du prosélytisme », a lancé Mme El-Mabrouk, ce mardi au palais de justice de Montréal.

Mme El-Mabrouk, qui est professeure titulaire en informatique théorique à l’Université de Montréal, témoignait en faveur de la loi adoptée par le gouvernement de la CAQ l’année passée. Un des aspects de la loi contestée est qu’elle interdit le port de signes religieux chez les juges, les policiers, les procureurs, les gardiens de prison et les enseignants, dans le cadre de leur fonction. 

« Dans la société, je n’ai pas de problèmes avec les signes religieux, les gens font ce qu’ils veulent, a expliqué Mme El-Mabrouk. Mais à l’école, ça brouille le message, les enseignants sont une figure d’autorité. Ce qu’ils disent, c’est des paroles d’évangile pour mon fils. »

Influence

La professeure, qui est née et qui a grandi en Tunisie avant d’immigrer au Québec, a expliqué qu’à l’époque, c’était « relax » dans son pays de naissance. Mais que dans les années 80, la société s’est « durcie un peu » avec l’influence des Frères musulmans.

« Mes cousines ont commencé à se voiler, en disant à leur mère c’était quoi la bonne religion, a expliqué Mme El-Mabrouk. J’ai failli le porter moi-même, mais mon père m’en a dissuadé, il ne voulait pas que j’entre dans cet intégrisme religieux. »

Questionnée par les avocats du Mouvement laïque québécois, la professeure a ainsi expliqué que selon elle, les enseignantes ne devraient pas être voilées, car « ce n’est pas à l’école de transmettre la religion, ça appartient aux parents. D’autant plus, ajoute-t-elle, que le voile envoie un message contradictoire sur l’égalité homme-femme.

« L’école est là pour les enfants, pas pour les enseignants, j’aimerais [que ces derniers] s’en rappellent », a-t-elle ajouté.

Le professeur François Dugré, qui enseigne la philosophie au cégep de Saint-Hyacinthe, a lui aussi témoigné en faveur de la Loi sur la laïcité, en soulignant entre autres qu’il s’attendait à un « devoir de réserve plus strict » chez certaines personnes.

Discours opposé

Ces discours tranchent ainsi avec ceux d’enseignantes entendues en début de procès, la semaine passée, et qui se positionnaient contre la Loi sur la laïcité.

« Ma religion est un mode de vie. Je n’ai pas l’intention de forcer les femmes de porter le hijab, mais je n’ai pas l’intention de l’enlever », avait entre autres affirmé Ichrak Nourel Hak, une musulmane en tête du recours.

Pour Messaouda Dridj, une autre enseignante, le voile représente son identité, si bien qu’elle « n’oserait pas [se] regarder dans le miroir » sans le porter. Amrit Kaur, une femme de confession sikhe, a pour sa part affirmé que de retirer son turban reviendrait à renier sa religion.

“C’est qui je suis, je ne serais pas complète sans lui”, avait-elle témoigné.

Le procès, prévu pour une durée d’un mois, est présidé par le juge Marc-André Blanchard de la Cour supérieure du Québec.