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Les superaliments existent-ils vraiment?

Josianne Desjardins

S’il ne fait l’objet d’aucune définition officielle, le mot superaliment est tout de même attrayant... et souvent utilisé pour vanter les vertus de certains fruits et légumes. Mais les superaliments existent-ils vraiment? La réponse des nutritionnistes est catégorique: non!

«Ce terme-là est tellement populaire depuis quelques années, mais il n’a aucun fondement scientifique. Le mot super a été attribué à des aliments qui semblent magiques pour la santé. Et c’est là où on fait fausse route», estime la nutritionniste Julie Desgroseillers.

Cette dernière vient de sortir un nouveau livre, «La jungle alimentaire: comment s’y retrouver?», qui invite justement les consommateurs à faire «des choix éclairés, alors que la diversité des produits est colossale et que l’information nutritionnelle véhiculée est souvent incomplète, erronée ou contradictoire».

Dérapages

En fait, aucun aliment n’a à lui seul le pouvoir de changer votre alimentation. «On se bat depuis des années pour ne pas catégoriser les aliments, poursuit-elle. Ils ont tous une place dans notre menu; on peut aussi se permettre des aliments moins gagnants en moins grande quantité», affirme Mme Desgroseillers.

Selon la nutritionniste, la notion de superaliment est une stratégie marketing qui peut avoir un grand impact sur notre conscience. «On souhaite tous bien manger, mais il faut être bien informé pour ne pas tomber dans ces pièges-là. L’industrie joue sur cette vulnérabilité, car tout le monde veut être en santé!»

À ce chapitre, Julie Desgroseillers considère que l’effet de halo — un biais cognitif qui affecte la perception des gens — entre en jeu avec le mot superaliment. «On a une interprétation visuelle des choses avec la description d’un produit», souligne-t-elle. L’utilisation de ce terme peut donc avoir des effets pervers, pouvant entraîner une consommation sélective ou abusive de certains aliments. C’est pourquoi la nutritionniste nous invite à faire preuve de discernement et à ne jamais nous fier uniquement à un emballage.

Certaines mentions, comme «sans gras trans», sont bien réglementées par l’industrie. Or, ce n’est pas du tout le cas avec le terme superaliment. Ainsi, n’importe quelle entreprise peut dire de son produit qu’il est un superaliment.

Un «buzzword»

Pour le nutritionniste urbain Bernard Lavallée, le terme superaliment est un mot à la mode et amène une vision simpliste de la nutrition. «Penser qu’un aliment n’est rien de plus que la somme des nutriments qu’il contient ne pourrait être plus faux. L’impact de ces centaines de molécules sur notre santé est peu connu et les interactions entre elles le sont encore moins», a-t-il écrit sur son blogue.

Ce dernier croit qu’il faut plutôt orienter la réflexion vers l’authenticité des aliments qu’on consomme. «Si on m’obligeait, avec un fusil sur la tempe, à nommer des superaliments, je n’aurais d’autre choix que de dire que tous les aliments de base, non transformés, méritent de se faire appeler ainsi!»

Une certitude, malgré tout

Sans contredit, les fruits et les légumes font partie intégrante d’une alimentation saine. Riches en vitamines, en minéraux, en fibres ainsi qu’en antioxydants, ils aident à garantir un apport suffisant en nutriments essentiels. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) suggère tout de même de consommer plus de 400 g de fruits et légumes par jour, sans toutefois en manger à outrance.

Toujours selon l’OMS, une consommation réduite de fruits et légumes est liée à une mauvaise santé et à un risque accru de maladies non transmissibles, notamment les maladies cardiovasculaires et certains types de cancer. «On estime que 3,9 millions de décès dans le monde en 2017 étaient dus à une consommation insuffisante de fruits et de légumes», peut-on lire sur le site de l’OMS.

Mythe autour des antioxydants

Le Pharmachien, Olivier Bernard, s’est penché sur la question des superaliments et sur les fameux antioxydants. Il affirme que manger plus d’antioxydants ne nous garantit pas une meilleure santé. «Les antioxydants sont essentiels à la vie, mais passé un certain seuil, un apport supplémentaire n’a pas nécessairement d’avantages. De vastes études suggèrent même que les suppléments d’antioxydants peuvent être dommageables pour la santé», explique-t-il.

Une controverse documentée

Le Cancer Research UK s’est penché sur plusieurs controverses alimentaires, dont celle entourant la notion de superaliments. Ce mot fait souvent référence au brocoli, aux framboises ou encore au thé vert, constate l’institut. «En règle générale, ces aliments sont considérés comme ayant le pouvoir de prévenir ou même de guérir de nombreuses maladies, y compris le cancer. Mais ce terme n’est en réalité qu’un outil de marketing, avec peu de bases scientifiques», peut-on lire sur le site.

Souvent, les scientifiques doivent utiliser de très fortes doses de certains nutriments avant de voir des résultats significatifs. Et encore là, même la consommation de très grandes portions d’un «superaliment» ne peut avoir un réel effet sur la santé, conclut l’institut.